L’éditorial de Gérard Leclerc

Podcasts

Blessure symbolique

L'éditorial

Dimanche 6 octobre, la mobilisation de la rue était à nouveau évidente, en dépit des pronostics pessimistes. C’est que l’enjeu des réformes en matière bioéthique est considérable. Retour à la présence et à l’absence de la figure paternelle…

Ceux qui s’interrogeaient sur la capacité à manifester des adversaires de la procréation médicalement assistée pour toutes ont eu hier leur réponse. Au-delà de l’habituelle querelle des chiffres, il apparait que la mobilisation était impressionnante avec des manifestants résolus. Qu’on le veuille ou pas, le sujet est d’importance civilisationnelle et il suscite ce que Le Parisien de dimanche appelait à la une « la discorde ». Non, ce n’est pas anodin de priver un enfant de la présence du père, même si cela arrive malheureusement du fait des accidents de la vie. Et il y a une différence capitale entre le statut d’orphelin et le statut de qui on a privé volontairement de la figure paternelle. Car c’est bien une blessure symbolique qui est infligée à celui ou à celle que l’on a inscrit délibérément dans un cadre unisexué ou monoparental.

Il ne s’agit pas de prétendre que l’absence de la figure paternelle provoque forcément des névroses. Il est toujours possible de se reconstruire en se forgeant un caractère. Mais la condition humaine marquée par la différence sexuelle fera toujours que l’absence même est facteur de reconstruction dans la mesure où l’enfant a toujours présent en lui-même l’absent. D’où d’ailleurs le recours aux origines cachées et la souffrance indélébile de qui poursuit vainement sa quête. Nul besoin d’ailleurs pour s’en persuader de recourir à on ne sait quelles enquêtes scientifiques. L’expérience d’un chacun y suffit. Nous connaissons tous plus ou moins dans notre entourage des personnes, voire des amis qui sont dans une telle situation. Pour ma part, je suis très proche d’une petite fille qui a perdu son papa au plus jeune âge et qui y pense souvent. Et ce n’est pas la présence de référents masculins autour d’elles qui peut suppléer, même symboliquement, celui dont elle dit qu’il est au ciel.

Mais c’est aussi se rendre aveugle que de prétendre que le rôle masculin, défini comme représentant de la loi et séparateur de la mère, est aisément remplaçable. Tirer argument du nombre de familles dites monoparentales pour affirmer que la structure familiale a complètement changé et a rendu caduque la fonction du père, c’est plus qu’abusif. C’est faire bon marché de la difficulté quotidienne de ces mères de familles livrées à la solitude, à la précarité, à l’impossibilité de se substituer au mari absent. Ériger la famille monoparentale en modèle d’un monde nouveau, d’un paradigme d’une nouvelle civilisation, c’est prendre une bien lourde responsabilité.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *