L’éditorial de Gérard Leclerc

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7 juin 2018 : les états généraux de la bioéthique

L'éditorial

Le professeur Jean-François Delfraissy, président du Comité national consultatif d’éthique a rendu son rapport de synthèse sur les débats menés de janvier à avril dans le cadre des états généraux de la bioéthique. 65000 personnes, environ y ont participé. Quelles conclusions en tirer pour le débat public et le fonctionnement de la démocratie ?

La presse quotidienne a rendu compte assez largement de la synthèse des échanges des États généraux de la bioéthique. Le président du Comité national consultatif d’éthique, l’instance organisatrice de l’événement, a tenu à souligner qu’il ne s’agissait pas d’une forme de sondage d’opinion et que les résultats de cette consultation, à laquelle n’a participé qu’une petite minorité de citoyens, ne constitue pas un reflet de cette opinion. Cette restriction vaudrait en soi une réflexion sérieuse sur les fondements mêmes de la démocratie. Le mot l’indique suffisamment, il s’agit du pouvoir du peuple, mais le peuple ne peut se gouverner que par délégation. Et ce qui légitime la délégation, c’est notamment la compétence qui va de pair avec la faculté de rendre compte rationnellement d’une option politique ou d’un choix social. Ce n’est pas être exagérément pessimiste que de remarquer que tel n’est pas toujours le cas. Et l’exemple de la bioéthique nous montre que c’est une faible minorité qui est capable de formuler un jugement argumenté en une matière aussi grave alors que c’est une majorité pas très compétente qui emportera la décision.

Certes, on ne peut demander aux institutions humaines une perfection qui n’est pas de ce monde. Il n’est pas sans intérêt, pourtant, de mettre en évidence les risques d’une dérive, dès lors qu’il y a au cœur de notre démocratie un danger de désarticulation provoqué par la supériorité de la doxa, l’opinion la moins bien informée par rapport aux compétences. Attention ! Les compétences, ce ne sont pas forcément les experts, encore moins les technocrates. Ce sont les personnes en capacité de comprendre certains enjeux supérieurs en lien avec les réalités tenaces du corps social. J’en demande bien pardon aux tenants d’un laïcisme fermé, mais une instance comme l’Église catholique entre dans ce domaine de la compétence. Ce n’est pas pour rien que le bienheureux pape Paul VI avait revendiqué à la tribune des Nations unies pour l’Église le titre d’experte en humanité.

D’évidence, l’Église n’est pas seule en cause. Il y a d’autres instances appelées à participer à un débat de cette importance, qui réclame la prudence et non pas l’emportement des phénomènes d’opinion, parfois entraînés par les médias. Une prudence qui s’énonce dans le langage de la raison guidée par le bien commun et le respect rigoureux de la dignité humaine.

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