L’éditorial de Gérard Leclerc

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7 mai 2020 : Le souci spirituel

L'éditorial

Étonnante intrusion dans notre actualité qu’une grande émission sur Thérèse de Lisieux.
CC by-sa : Eddy Van 3000

Notre service public ne nous offre de tels cadeaux qu’exceptionnellement. C’est que le souci spirituel s’absente des mentalités. Mais est-ce irrémédiable ?

Une émission télévisée à une heure de grande écoute sur Thérèse de Lisieux, c’est, il faut bien le reconnaître, une étrange intrusion dans notre actualité. Y a-t-il une place aujourd’hui pour le souci spirituel, alors que l’on se montre si attentif au mieux être de la population dans des conditions difficiles ? Il est vrai que les autorités publiques et l’ensemble de la société sont sur des charbons ardents, avec la priorité du service de santé et des soins à donner aux malades. Il y a aussi la hantise d’un écroulement de l’économie, avec la recherche des moyens propres à la sauvegarder, tel le télétravail. Pour rendre le quotidien moins pénible, il y a lieu de sauvegarder l’approvisionnement, avec toute l’infrastructure nécessaire, en n’oubliant pas les familles et les personnes en situation de grande précarité. Comment promouvoir un minimum d’activité physique, comment entretenir des relations avec les isolés ? Autant de préoccupations que nul ne peut contester.

Mais comment tenir compte du souci spirituel ? « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Est-ce seulement audible dans une société que l’on décrit comme sécularisée et au regard d’un État qui se veut laïc, c’est-à-dire indemne de toute charge spirituelle ? Sans doute y aurait-il lieu de nuancer ces affirmations. Une société sécularisée peut être plus cruellement en manque de sens et d’inspiration. Elle n’a sûrement pas lieu d’être abandonnée à son dénuement. Aucune œuvre apostolique n’aurait été possible si les apôtres avaient décrété par avance que la parole de Dieu était inaudible. Par ailleurs, un État laïc n’est pas forcément étranger au religieux. Il est en charge des dispositions pratiques de l’exercice de la liberté de conscience.

Et puis il peut se produire un affinement progressif de la sensibilité, au fur et à mesure que l’on perçoit mieux certaines carences et certaines détresses. On s’est aperçu qu’il était insupportable de laisser nos aînés à leur solitude, sans possibilité de rencontrer leur famille. On s’est aperçu aussi un peu mieux que les rites mortuaires délaissés conduisaient à l’inhumanité. L’historien Philippe Ariès mettait en valeur l’extraordinaire richesse de notre liturgie ancienne des défunts. Oui, de proche en proche, il est possible de reconnaître l’intérêt puissant du spirituel.

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