L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 5 novembre 2018 : Ouverture à Lourdes ?

L'éditorial

Les échos qui nous sont venus de Lourdes, à propos de la rencontre des évêques de France avec des victimes de la pédophilie dans l’Église, donnent beaucoup à réfléchir. Comment n’être pas ému et surtout interrogé par la déclaration d’une des victimes, Véronique Garnier : « J’ai pu exprimer ce que signifiait m’être semblée rejetée de l’Église que vous appelez un corps, pendant tant d’années, parce que j’avais été abusée et que j’étais comme la preuve vivante que ces abus étaient vrais. Être assise dans le cercle avec les évêques était touchant, comme si j’étais réintégré dans ce corps. » Constatation d’une sorte de double peine : non seulement peine de la destruction de l’enfance qui retentit sur toute une vie, mais sentiment d’être exclu de l’Église en tant que preuve vivante de la faute au sein du corps ecclésial.

Cela m’a rappelé ce que me confiait, cet été, une personnalité de premier plan de l’épiscopat : « La rencontre avec les victimes a été, pour moi, décisive. Jusqu’alors, j’étais obnubilé par le sacrilège que constituait pour un prêtre cette profanation de l’enfance. Maintenant, je suis vraiment conscient des dégâts effroyables subis par les victimes. »Chrétiens, il suffit de nous interroger nous-mêmes, pour peu que nous ayons vécu dans un cadre structuré par l’Église. Quel effondrement probable de notre univers psychique, moral et plus encore spirituel aurait résulté d’un abus sexuel perpétré par un prêtre ? Je n’ose y penser, pour ma part.

Comment se sortir de pareille épreuve ? Les témoignages de Lourdes montrent la particulière importance d’une sorte de réintégration dans l’Église, qui a reconnu la faute et invite la victime à prendre toute sa place dans le corps ecclésial, en la guidant dans sa recherche pour éviter de tels drames, les mieux prévenir et surtout ne pas ignorer la réalité dans sa gravité et ses conséquences. Sommes-nous sur le point de franchir une étape, en dépassant une agressivité qui, certes, a ses raisons d’être, mais qui peut être contre-productive. Par exemple dans la dénonciation d’un bouc-émissaire, censé accumuler sur lui toutes les responsabilités. Compensation symbolique, qui n’arrange rien, ajoute l’injustice à l’injustice dans un climat de guerre psychologique. Ce qui s’est passé samedi à Lourdes ouvre d’autres perspectives qui, espérons-le, se confirmeront.

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