L’éditorial de Gérard Leclerc

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5 avril 2018 : Conflit de devoirs

L'éditorial

Est-il vrai que « la crise migratoire est le plus grand enjeu politique de notre temps » ? Quelle que soit la sensibilité politique des uns et des autres il semble bien que c’est aujourd’hui la conviction la mieux partagée. C’est vrai aussi bien pour la France que pour l’Europe dans son ensemble. Pour notre pays, il suffit d’observer les réactions provoquées par le projet de loi du ministre de l’Intérieur sur ce sujet précis pour s’en persuader. Le Monde constate que le durcissement du discours gagne tous les camps, y compris la gauche. N’est-ce pas le président François Hollande lui-même qui s’ouvrant du problème devant deux journalistes qui l’ont révélé par la suite, s’effrayait des bombes potentielles liées à une migration qui continue. Certes, c’étaient des propos privés, car, avait-il prévenu : « Un président ne devrait pas dire ça. » N’empêche qu’il l’a bien dit et que cela a eu un écho considérable.

En ce qui concerne l’Europe les derniers résultats électoraux italiens sont éloquents. Mais c’est encore l’Europe centrale qui apparaît la plus touchée par la hantise de l’invasion. En Hongrie, le discours du premier ministre Viktor Orban est plus que véhément. Ses collègues polonais et tchèques sont au même diapason. C’est à un point tel que l’équilibre de l’Union européenne est en jeu, avec la possibilité d’un retournement de majorité aux prochaines élections européennes.

Les associations humanitaires vouées à l’accueil des réfugiés ne peuvent que s’affliger d’un tel état d’esprit. Mais elles ne paraissent pas en mesure de contrer une opinion publique désormais rebelle aux mouvements migratoires, à l’exception des demandeurs d’asile dont la cause est solidement justifiée. Et notre pape François, qui n’a cessé depuis le début de son pontificat de plaider en faveur de ceux qui frappent à nos portes et dont il affirme qu’ils ont le visage même de Dieu ? Faut-il dire qu’il est dans la situation de Paul à Athènes à qui l’on rétorque : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois » ? Nous sommes très certainement dans la situation décrite par les moralistes comme celle des conflits de devoir. Il est infiniment difficile de les dénouer. Et il faut le courage et l’intelligence des hommes d’action, qui savent allier le sens de l’humanité avec celui des réalités. Est-ce possible ? C’est en tout cas très souhaitable.

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