L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 5 mars 2019: Le retour de Bernanos

L'éditorial

Georges Bernanos

On parle beaucoup de Georges Bernanos, en ce moment. Comment le bernanosien de toujours que je suis ne s’en féliciterait pas ? L’écrivain vient de tomber, selon la formule consacrée, dans le domaine public. Du coup, on le réédite abondamment. Ses romans : Sous le soleil de Satan et Journal d’un curé de campagne munis de nouvelles préfaces remarquables. Je conserve précieusement une précédente édition du Journal chez Plon, pour laquelle Marcel Jullian avait obtenu une préface d’André Malraux. Malraux qui, en dépit de son agnosticisme, avait tout compris de la grâce du sacerdoce, telle qu’elle respire dans le roman. Pour lui, tout simplement, Bernanos était « notre Dostoïevski », ce qui n’était pas un mince éloge mais témoignait surtout d’une lucidité littéraire et même spirituelle.

Michel Crépu, pour Sous le soleil de Satan et François Bégaudeau pour Le Journalrenouvellent le miracle d’une lecture qui rejoint l’intention profonde de l’écrivain et produit même de véritables conversions. François Bégaudeau a été transformé au contact de cette prose brûlante, dont déjà Claudel avait montré qu’elle offrait la présence vivante du surnaturel. Cette présence n’apparaît pas sous les couleurs d’un espoir mièvre. Le plus souvent, elle est plutôt un désespoir surmonté. Peut-être est-ce une bonne raison, en ces temps difficiles pour le christianisme, d’entrer dans un univers qui n’est pas celui de la facilité mais du combat spirituel. Oui, du combat spirituel, comme le veut le pape François, sous le soleil de Satan.

Jacques Julliard a écrit dans Le Figaro d’hier un merveilleux papier qui va tout à fait dans ce sens : « L’homme qui tout au long de son œuvre a vu dans l’optimisme la vertu propre aux imbéciles ne nous laisse accéder à la joie (…) qu’à la dernière minute, dans cette minute du Vendredi saint où tout ce qui est perdu se trouve tout d’un coup sauvé. » À la veille de ce carême 2019, c’est tout à fait notre situation. Seul le Vendredi saint peut faire que tout ce qui est perdu soit sauvé !

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