L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 3 septembre 2019 : Attention, féminicide !

L'éditorial

Que le féminicide soit un fléau social, qu’on ait raison de le dénoncer, que l’on recherche les moyens propres à juguler le drame qu’il constitue, cela ne fait pas de doute. Je n’ai donc aucune objection à formuler contre le Grenelle organisé par Marlène Schiappa et je fais tous les vœux pour sa réussite, d’autant plus qu’il s’agit de trouver des solutions immédiates et concrètes afin de sauvegarder la vie des femmes en danger, dans le cadre du couple. Si j’ai, par ailleurs, des objections à faire à l’encontre d’un certain langage et du mot même de féminicide, c’est plutôt en raison d’une certaine philosophie et même d’un certain féminisme, que je l’exprimerais et non pour m’opposer à une initiative qui est d’intérêt public. Selon Mme Schiappa elle-même, il ne faudrait pas se faire trop d’illusion, car il n’est pas du tout évident de s’opposer à un phénomène de ce type, qui nous renvoie aux énigmes de notre condition.

Ce que je craindrais, c’est l’exploitation d’un tel drame dans un sens idéologique, qui ne ferait qu’aggraver la situation. C’est pourquoi le mot de féminicide me fait difficulté. Oui, il s’agit bien, en l’espèce, de s’opposer au risque de meurtre de femmes par leur conjoint, leur compagnon, ou même celui dont elles se sont séparées. Mais il y a danger d’une sorte de stigmatisation de la masculinité et d’une insistance sur une guerre des sexes, dont on ne viendrait à bout que par la victoire du sexe faible sur le sexe fort. Il y a aussi un autre aspect idéologique des plus ambigus. C’est grâce à leur « émancipation » que les femmes parviendraient enfin à sortir de leur état de sujétion, conformément au dynamisme inhérent à la modernité.

Sans doute y a-t-il des émancipations nécessaires, mais l’émancipation constitue aussi un mythe à analyser sérieusement. C’est ce que vient d’opérer Pierre-André Taguieff dans un essai roboratif, qui m’apparaît tout à fait d’actualité [1]. Est-ce par l’émancipation moderne qu’on obtiendra le respect de la femme ? Taguieff cite à un moment une phrase d’Albert Camus dans Noces qui dit vraiment le fond des choses : « Il n’a pas été dit que le bonheur soit à toute force inséparable de l’optimisme. Il est lié à l’amour – ce qui n’est pas la même chose. » Si l’on finit par tuer son épouse, c’est par désamour et par haine. Ce qu’il faudrait peut-être sauver en priorité, c’est l’amour, et donc l’affection entre l’homme et la femme.

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