L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 3 janvier 2019 : Bové lecteur de Houellebecq

L'éditorial

L’hebdomadaire La Vie a eu l’excellente idée de demander à José Bové de lire le roman de Houellebecq, Serotonine, qui sera demain dans toutes les librairies de France. Excellente idée, parce que José Bové, avant d’être un militant, voire un agitateur politique, est d’abord un vrai paysan, attaché à sa terre du Larzac. L’agriculture, le métier de paysan, il connaît parce que c’est sa vie et on ne peut pas lui raconter d’histoires. Alors, pour savoir si Houellebecq a vraiment dépeint le monde agricole, ses difficultés, sa psychologie et décrit sa détresse, c’était le lecteur et le critique rêvé. Pendant deux jours, il s’est affronté au roman : « Assis à la table de cuisine, un stylo à la main pour prendre des notes. Quelle expérience ! J’étais aimanté à ma chaise, un paquet de gris tout neuf, ma pipe et une cafetière pleine. »

Autant dire qu’il a été « scotché ». Houellebecq dépeint la réalité, au-delà de toutes les caricatures et des idéalisations. Et cette réalité concerne la globalité de la question agricole. José Bové n’est pas seulement un vrai paysan, c’est un politique, un parlementaire européen qui connaît tous les rouages de « cette industrie lourde qui mobilise des capitaux de production importants pour dégager un revenu faible ou nul voire un revenu négatif ». Et de citer le romancier dans le texte, pour un verdict terrible : « L’agriculture en France, c’est un énorme plan social, le plus gros plan social à l’œuvre à l’heure actuelle, mais c’est un plan social secret, invisible où les gens disparaissent individuellement dans leur coin, sans jamais donner matière à un sujet pour BFM. »

Oui, c’est terrible. Houellebecq imagine une révolte paysanne en Normandie, qui est la révolte du désespoir. On ne comprend pas la violence qui s’est déployée au Puy-en-Velay, dans un département rural, si l’on n’a pas en tête cette dimension du drame national. Sans doute, la paysannerie ne s’est-elle pas jointe encore massivement aux gilets jaunes. Mais sa cause ne se sépare pas de celle de la France périphérique. Elle est une des premières victimes de ce système qui la détruit depuis des décennies. Houellebecq et Bové en sont bien d’accord.

Commentaires

  1. Suite à votre éditorial du 3 janvier je tiens à vous dire mon désaccord sur la manière de voir nos problèmes agricoles.Je suis agriculteur retraité en Seine et Marne et ai cédé mon exploitation à mon fils.Vous parlez de Mr José BOVE qui est un leader paysan que je n’apprécie guère(écolo de gauche).En effet celui-ci est un faux paysan et non un vrai!Rarement sur sa ferme celle-ci est géré par un éleveur voisin(ou un employé)mettant rarement la main dans le cambouis.Il n’est pas d’origine paysanne mais un citadin ce disant paysan.Ses parents ont travaillé aux USA dans la recherche végétale et ont découvert les fameux OGM sur maïs!(un comble pour un faucheur des essais maïs OGM).Même si j’approuve de rares idées de ce Mr BOVE je reste en opposition à son idéologie écolo et de sa politique agricole.La culture bio mènera l’agriculture à sa perte alors qu’une transition écologiste peut se faire en douceur .Mr HOUELLEBECQ est il un expert en agriculture?Je compte sur votre indulgence à mon commentaire d’un paysan aux mains calleuses non habitué au stylo. LUC BONLIEU

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