L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 2 septembre 2019 : La fin de la cité Gagarine

L'éditorial

Monument à Youri Gagarine, Moscou.
Le nom du cosmonaute Gagarine résonnait comme un signal avant-gardiste.

Le Parisien consacrait hier une page entière à « la fin d’une cité mythique de la banlieue rouge ». Cette expression de « banlieue rouge » parle-t-elle encore aujourd’hui aux nouvelles générations ? Elle évoque un passé révolu, lorsque le parti communiste dominait les villes de la banlieue parisienne, y déployant un style d’administration qui lui permettait d’encadrer tous les aspects de la vie sociale. Ce système a disparu dès les années 80, avec l’effondrement d’un parti qui avait rassemblé jusqu’au quart de l’électorat français. La révolution sociale, qui s’est produite depuis lors, n’a pas été forcément positive, lorsque sur les ruines de la banlieue rouge se sont constitués ce qu’on appelle les quartiers perdus de la République, très loin de la discipline qu’imposait le parti de Maurice Thorez et de Georges Marchais.

La cité mythique dont parle Le Parisien est située à Ivry-sur-Seine. Ce nom d’Ivry est parlant aussi pour les catholiques attachés au souvenir de Madeleine Delbrêl, cette apôtre infatigable de l’Évangile, dont la cause de béatification est en route et qui a consacré à cette ville un ouvrage qui mérite encore d’être lu [1], parce qu’il nous permet de comprendre une page de notre histoire et ce que pouvait être une ville marxiste en France, avec sa population ouvrière. Madeleine, qui nous a quittés en 1964, a pu assister à la construction de l’ensemble Gagarine que l’on est en train de détruire et qui, sur le moment, était symbolique de la puissance d’un communisme conquérant. L’URSS n’avait-elle pas précédé les États-Unis dans la conquête de l’espace, et le nom du cosmonaute Gagarine résonnait comme un signal avant-gardiste. Nous pouvons mesurer, quelque soixante ans plus tard, que la marche de l’histoire n’a pas été exactement conforme à ce qu’on attendait ou redoutait.

Ce n’est plus l’Ivry de Madeleine Delbrêl qui survivra à la destruction du grand ensemble Gagarine. D’autres défis nous attendent. La solidarité, dont se souviennent avec nostalgie ses plus anciens habitants, sera-t-elle reconduite dans le nouvel urbanisme qui va transformer ce quartier ? On le souhaite en pensant aux nouveaux habitants !

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