L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 1 janvier 2019 : Un président debout

L'éditorial

Donc, le chef de l’État reste debout, en dépit de la terrible tempête qui s’est abattu sur le pays et sur le pouvoir en cette fin d’année 2018. La symbolique de sa posture n’était nullement à dédaigner, car il est capital que l’autorité de l’État soit sauvegardée au moment où nous vivons « de grands déchirements », pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron. Nous n’avons pas fini d’explorer la profondeur de la crise sociale qui s’est brusquement révélée avec la révolte des gilets jaunes, et l’analyse qu’en a faite le président hier demeure encore lacunaire. Mais si l’État lui-même venait à vaciller, la crise serait sans remède et nous tomberions dans l’abîme. Il ne faut pas se cacher qu’à certains moments, l’abîme a été perceptible, dès lors que les forces de l’ordre semblaient débordées sur le terrain.

Donc, un président debout est bien décidé à garder le gouvernail en main. C’est un point important. Mais il en est un autre aussi décisif. Ce président est-il lucide sur la situation du pays et les causes de ses déchirements ? On retiendra quelques lignes de force de son analyse : « Une colère a éclaté. Elle venait de loin. » Elle s’explique par « des injustices, les cours de la mondialisation parfois incompréhensibles, le système administratif trop complexe et manquant de bienveillance, ou encore les changements profonds qui interrogent une société sur son identité et son sens ». Ces indications sont intéressantes, mais elles doivent encore être creusées. Sans doute, Emmanuel Macron entend-il que la grande consultation nationale, qui va s’ouvrir, permettra d’élucider pleinement ce qui reste largement en pointillés. La remise en cause, de sa part, du libéralisme mondialisé est encore bien timide, alors qu’il est impossible de séparer le sort de la France périphérique des mécanismes de l’économie mondiale.

De ce point de vue, une contradiction apparaît d’ores et déjà. Certes, on peut en discuter. Mais est-il vraiment possible de poursuivre l’objectif du quinquennat tel qu’il a été défini dès le départ, alors que la crise d’aujourd’hui met en cause la fiabilité d’un système et réclame une révision générale de ses fondamentaux ?

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