Le Mot de la Semaine

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Émission du 21 juin 2019: la musique et le musicien

Le Mot de la semaine PAD

Le 21 juin, aujourd’hui donc, a lieu la fête de la musique qui a pris une dimension internationale, qui coïncide donc comme on le sait avec le premier jour de l’été dans l’hémisphère nord. En fait, elle a été imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour France Musique et à l’époque il l’imaginait pour le solstice d’hiver et le solstice d’été. Il y eu ça et là alors des fêtes de la musique mais c’est à Jack Lang, ministre de la culture et à Maurice Fleuret directeur de la musique et dan danse que revient l’impulsion décisive avec la première fête nationale en 1982, il y aura donc bientôt quarante ans. Et donc « musique » et « musicien », ce sont les mots que vous avez choisi, pour cette semaine

En effet Louis, parce qu’une fête de la musique, c’est évidemment enthousiasmant, mais parce qu’aussi ces mots de « musique » et de « musicien » sont étonnants. Et on peut commencer par un constat grammatical : « musique » n’est tout d’abord en effet à mieux y regarder que l’adjectif s’appliquant aux Muses qui, on s’en souvient, sont neuf, de Clio, muse de l’histoire, à Uranie, muse de l’astronomie, en passant par Euterpe, justement celle dévolue à l’art que Richelet définit ainsi : « harmonie qui naît des sons & des voix ». Alors pourquoi la musique concernerait-elle les neuf muses ? À Montesquieu de répondre, en 1748, au cœur de l’Esprit des lois, en consacrant à la musique un commentaire si éclairant quant à l’origine même du mot qu’Émile Littré le reprendra pour ouvrir l’article dévolu à la musique, sans même donner de définition. Pas moins de 21 lignes ! On n’en retiendra que le début : « Dans le sens ancien et primitif, la musique n’était pas une science particulière, c’était tout ce qui appartenait aux Muses ou en dépendait : c’était donc toute science et tout art qui apportaient à l’esprit l’idée d’une chose agréable et bien ordonnée. »

Est-ce que ce n’est pas Jean le sens que lui donnait justement le philosophe et mathématicien Pythagore lorsqu’il évoque la musique céleste ?

Exactement, cher Louis. Pour Pythagore, les astres formaient une « musique céleste », dans leur organisation en intervalles aussi précis que ceux de la musique terrestre. Et dans ce même sillage creusé au nom de l’harmonie, le traité de musique de saint Augustin, au Ve siècle, ne fait en rien référence au solfège, à la musique, mais il est tout entier dévolu à la versification, facteur d’harmonie. Abréviation de la formule grecque mousikê tekhné, la technique des Muses, la musique fut donc d’abord synonyme d’ordre harmonieux de toutes choses, avant d’être restreinte aux seuls sons harmonieux, ceux plaisamment cultivés par Euterpe.

En fait, Jean, presque personne ne se souvient que la muse de la musique c’est Euterpe. Vous nous la présentez ?

Bien volontiers. Il faut lui rendre hommage en tant que muse de la musique des instruments ou des voix. De fait, en grec, Euterpe n’a rien d’un prénom arbitraire : il signifie proprement, qui veut « bien » – eu en grec -, « plaire » – therpo. Et pour ce faire, la jeune femme est le plus souvent représentée couronnée de fleurs et jouant de la flûte ou de la lyre. Ainsi, à Euterpe revient donc au fil des siècles l’exclusivité du mot « musique » : bel hommage, convenons-en, des autres muses pour celle qui incarnait le plus sensuellement l’harmonie ! Alors si on n’a pas inventé le verbe « euterper », sauf ici à Radio Notre Dame à l’instant donc, rappelons qu’existait le verbe « musiquer » très plaisant, encore utilisé au XVIIIe siècle.

Vous en avez un exemple Jean ?

Eh bien par exemple celui-ci : « Après le dîner, on fit apporter de la musique. Nous musiquâmes tout le jour au clavecin du prince » se souvient Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions en 1749. « Et ainsi commença cette amitié qui d’abord me fut si douce », avec le jeune prince héréditaire de Saxe-Goha, poursuit-il. Avouons-le, lexicalement on ne « musique » déjà plus beaucoup au XIXe siècle et au XXe siècle, on se contentera de « jouer de la musique ». Pourtant, depuis 1982, avec la Fête de la musique on « musique » fort » le 21 juin. Eh bien voilà un verbe à faire revivre ?

Quelques définitions de mots croisés pour la musique !

Ah bien volontiers Louis. Par exemple « Musique : Royaume des airs », des airs de musique bien sûr. Ou encore, et je l’aime assez « Espéranto sonore ». Et Victor Hugo à sa façon se faisait verbicrusiste quand il définissait la musique comme un « bruit qui pense ». Mais ce n’est pas le tout, Louis, il faut que j’accorde ma guitare pour ce soir !

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