Le Mot de la Semaine

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Émission du 18 janvier 2019 : « Débat » est le mot de la semaine

Le Mot de la semaine PAD

Le Grand Débat national, voilà une formule qui aura marqué la semaine avec notamment une première réunion rassemblant dans le département de l’Eure le Président de la République et six cents maires de Normandie. En l’occurrence, ce premier débat aura duré pas moins de sept heures avec un objectif : écouter et dialoguer sur tous les sujets qui préoccupent la population et les maires dans leur gestion quotidienne. D’autres Grands débats vont suivre, et ce mot, débat, prend de fait une valeur particulière. Et vous avez donc choisi Jean de l’expliciter, en commençant par nous en donner l’origine.
En effet, et pour une fois, on pourrait presque donner la tonalité générale de ce mot en commençant par offrir une définition-devinette forgée par les verbicrucistes, les auteurs de mots croisés ayant parfois si je puis dire le « mot juste ». Ils ont en effet défini le mot débat en proposant justement « mots croisés » pour débat, en sommes croisés comme on croise le fer, mais ici à coups de mots. On préfère en fait l’autre image qui reste celle consistant à « croiser » typographiquement les mots comme dans une grille avec ses différentes cases, en essayant de les imbriquer, en définitive de les unir harmonieusement. De fait, lorsque le verbe débattre paraît en 1050 dans notre langue, il est hélas relié au mot souche dont il est issu, le verbe battre qui lui-même vient du latin battuere, donner des coups, notamment sur le visage, ce qui n’a rien de franchement sympathique. Ainsi, à leur naissance, le verbe débattre et son substantif, le débat, seront-ils d’abord attestés avec cette même valeur belliqueuse. Rien de tendre donc au tout début. Mais, fort heureusement, en 1283, se repère une heureuse évolution, précisément dans Les Coutumes de Beauvoisis, où ce verbe d’abord redoutable, débattre, va prendre un sens second celui correspondant au fait pacifique de discuter. Débattre en somme pour ne pas se battre. Nous voilà sauvés.
Le pas est franchi, arrière les armes et place à la concertation donc, mais sans doute le mot va alors prendre des sens particuliers.
Il va effectivement, attesté dès 1580, prendre aussi un sens figuré, en ne passant pas par la confrontation de points de vue entre deux ou plusieurs personnes, mais s’installer au cœur même de la conscience de quelqu’un, et donc devenir aussi synonyme de dilemme, de conflit que l’on ressent entre des idées contradictoires, et voici venir le débat intérieur. Au point d’ailleurs qu’une expression va en naître : le débat cornélien, tout droit issu du héros de Pierre Corneille, Le Cid, partagé cruellement entre le sentiment, l’amour ressenti pour Chimène et le devoir le poussant à se battre en duel avec son père. On n’est pas très loin en réalité de ce qui au Moyen Âge s’appelait aussi « débat » en termes littéraires, où l’on faisait dialoguer des personnages allégoriques, par exemple, le débat entre l’hiver et le printemps, le débat du clerc et du chevalier.
Et puis le mot a aussi pris un sens politique…
En effet, c’est en 1704 qu’apparaît une formule devenue courante, le débat parlementaire, c’est-à-dire l’examen d’une question par les assemblées parlementaires. D’où en 1789, la parution du Journal des débats parlementaires qui ne s’éteindra qu’en 1944 et qui rendaient compte des discussions conduites à l’Assemblée nationale. On retrouvera le mot « débat » aussi, dans le même élan, en droit pénal, avec par exemple les débats de la cour d’assises.
Le mot débat va aussi s’installer dans le vocabulaire des médias, une soirée-débat par exemple.
En 1966, était de fait lancée une nouvelle formule sur les ondes radiophoniques ou télévisuelles, la soirée-débat, vite enregistrée dans nos dictionnaires, avec même pour règle grammaticale que le mot composé ainsi constitué avec « débat » pour second élément, prend le genre du premier mot. Une causerie-débat, mais un dîner-débat, une enquête-débat, mais un gala débat. La soirée-débat reste évidemment un moment privilégié des soirées radiophoniques et télévisées qui suivent une élection nationale. En vérité, le mot débat s’associe de manière privilégiée à certains verbes ou adjectifs, que nos dictionnaires recensent précisément.
Par exemple, Jean ?
Eh bien, tirés de l’excellent Dictionnaire de l’Académie française, gratuit sur Internet les formules telles que vider un débat, arbitrer un débat, apaiser un débat. La notion d’apaisement me plaît. Mais aussi soulever un débat, passionné. Et puis j’aime que soit cité le titre d’un ouvrage Le Débat de Folie et d’Amour, de Louise Labé en 1555. De fait, qu’un débat soit ouvert, passionné et fructueux, c’est le souhait de tous. Et me vient à l’esprit un sens encore fort au Québec du verbe débattre où on peut aujourd’hui toujours s’exclamer, comme en ancien français : « le cœur me débat ». Entendons qu’il palpite. Eh bien que pour les grands débat le cœur nous débatte !

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