Le Mot de la Semaine

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Émission du 15 mars 2019 : « Editeur » est le mot de la semaine

Le Mot de la semaine PAD

Commence aujourd’hui la 39e édition du Salon du livre, autrement appelé Livre Paris, un salon qui ouvre ses portes jusqu’au 18 mars Porte de Versailles. C’est un événement majeur du monde de l’édition avec des exposants venus des quatre coins du monde. Chaque année un thème est mis à l’honneur, cette année c’est l’Europe, et les éditeurs ont à cœur de l’illustrer. Editeur, c’est justement le mot que vous avez choisi d’évoquer ce matin, Jean, ils se sont préparés toute la semaine pour cet événement. Éditeur, c’est un mot à radiographier, parce que j’ai cru comprendre qu’il venait de très loin…

En effet, et si c’est un mot forcément de pleine actualité en ce moment, c’est aussi un mot que tout le monde connaît dès qu’on évoque les livres et qui pourtant n’est pas d’étymologie transparente. Vous avez raison de souligner qu’il vient de très loin, puisque d’emblée on y reconnaît le latin classique, impérial, le mot editor, qui d’une certaine façon n’a guère changé en plus de vingt siècles, c’est assez rare qu’un mot puisse ainsi franchir les siècles en ayant pour ainsi dire la même prononciation, en ne subissant pas la moindre érosion phonétique. En revanche de l’editor romain à l’éditeur français, il y a eu une évolution de sens. Sous l’Antiquité, il avait en effet pour définition première « celui qui produit, qui est fondateur, auteur », en lien direct avec le verbe latin edere, « produire, faire paraître au jour ». Et quand évoque l’origine lointaine du mot « éditeur », eh bien on doit signaler aussi que ce verbe edere, à la source du mot éditeur, vient sans doute du latin dare, « donner », dare relevant d’une racine encore plus ancienne, indo-européenne, do, de même sens : transmettre, donner. « Donner vie » à une œuvre, c’est bien la mission magnifique de l’éditeur.

Louis : Quand finalement, Jean, ce mot entre-t-il en langue française ? Sous la Renaissance, sans doute, au moment où les livres et la langue française fleurissent…

En effet, mais symbole suprême si on peut dire, lorsque le mot éditeur entre en français, avant 1547, c’est dans une formule pour le moins valorisante, « l’éditeur du tout », qui désigne alors Dieu. On sent bien là que le mot éditeur, est d’abord assimilé à fondateur, alors on peut être fondateur aussi de livres, mais « éditeur » en somme n’a pas encore un sens spécialisé, il a même souvent valeur d’un adjectif.. On rencontre par exemple en ce XVIe siècle, le libraire-éditeur.

Louis : Libraire, c’est aussi un mot essentiel, dans l’univers du livre.

Effectivement, et il est étymologiquement totalement lié au livre. En témoigne  le fait que l’on a usé dans un premier temps du terme livraire : c’est en effet ainsi que le mot est entré dans notre langue, attesté dès 1220. Le livraire vite prononcé et orthographié libraire, a pour prestigieux ancêtre latin, librarius, de même sens, avec pour radical émouvant le mot liber. Liber on s’en souvient désignait initialement la partie vivante d’une écorce sur laquelle on pouvait écrire, avant que le papyrus ne s’impose. Le libraire du Moyen Âge et de la Renaissance représentait de fait l’artisan qui copiait puis imprimait des livres mais aussi les vendait. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le libraire devint la profession consistant à vendre des ouvrages au public. Je n’aime d’ailleurs guère toutes les définitions modernes de nos dictionnaires qui limitent à la vente le rôle du libraire, c’est oublier l’essentiel, cet amour des livres qu’incarnent nos amis « libraires », l’envie qu’ils ont de nous les faire partager, et les conseils précieux qu’ils nous donnent.

Louis ; Quant en définitive, Jean, le mot éditeur prend-il le sens moderne ?

Il faut attendre en vérité 1732 pour bénéficier, dans le Dictionnaire de Trévoux, pour bénéficier d’une définition correspondant en grande partie à celle d’aujourd’hui : « auteur, homme d’étude qui a soin de l’édition de l’ouvrage d’un autre ». En fait, l’éditeur et le libraire ont des maîtres : ce sont leurs lecteurs. Et bien sûr il ne faut pas oublier l’auteur, sans lui  il n’y a rien, d’où le plaisir de les rencontrer au salon du livre. De l’éditeur à l’édité, c’est toute une aventure. D’ailleurs nos auteurs de mots croisés ne s’y trompent pas…

Louis : Je sens que vous avez envie de nous donner une définition d’un auteur de mots croisés, Jean ?

Eh bien oui. J’aime beaucoup effectivement la manière dont ils essaient de nous faire deviner l’adjectif « édité »  ? « Convertis en livres ». Au moment du Brexit, on préfèrera bien sûr les livres que l’on feuillette et lit aux livres sterling qui risquent de ne plus avoir le vent en poupe ! Alors rendez-vous au salon …et à la Journée des dictionnaires !

 

JOURNÉE DES DICTIONNAIRES,

LE 20 MARS, GRATUITE : DICTIONNAIRES ET NOMS PROPRES.

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