Le Mot de la Semaine

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Émission du 7 décembre 2018 : « Moine » est le mot de la semaine

Le Mot de la semaine PAD

L’actualité est certes marquée par un type de vêtement, le gilet, dont vous avez déjà raconté l’histoire, Jean, mais cette semaine vous avez préféré prendre en somme de l’élévation, en évoquant la robe de bure, et plus précisément ce mot qui nous est à la fois cher et douloureux lorsqu’ils sont victimes de barbarie, c’est le mot « moine » que vous avez donc choisi. Un mot qui vient du grec, je crois, Jean ?

En fait, c’est un mot qui trouve effectivement sa racine première dans le grec monakhos, signifiant « unique », avec pour radical, « monos » seul. C’est de ce mot grec « monakhos » qu’est issu ensuite en bas-latin monachus, qui a donné en français, attesté en 1080 « monie », m o n i e, désignant tout religieux vivant retiré du monde. C’est un mot qu’on retrouve dans la Chanson de Roland, pour ainsi dire notre premier grand texte littéraire, au XIe siècle. De graphie et de prononciation alors encore mal fixée, monie reste cependant toujours repérable dans monial qui signifiait « monacal », et qu’on retrouve en tant que nom propre dans la ville de Paray-le-Monial et en tant que nom commun avec les moniales, religieuses à vœu solennel dite contemplatives. Ce mot aujourd’hui oublié, « monie », va devenir « muine » au XIIe siècle et vite prendre et l’orthographe et la prononciation actuelles, « moine ».

Et c’est un mot qui a fait souche dans notre langue, avec une famille qui y correspond…

Effectivement Louis, soulignons en fait tout de suite que bien des mots auxquels on ne songe pas dans l’instant y sont liés, puisque en italien, moine se dira monaco, à l’origine donc du nom d’une principauté connue. Tout comme le mot français « monastère », dès le XIVe siècle désigna le lieu de vie des moines, « monastère » étant issu du latin ecclésiastique « monasterium » et donc de même origine grecque que le mot « moine ». Ce mot « monastère » a également disposé de quelques variantes graphiques et phonétiques, qu’on retrouve dans le mot Montereau par exemple, ou  moustier encore bien présent dans Noirmoutiers, sans oublier la variante germanique, münster d’où les villes de Münster. Quant au mot « moine », il a été suivi de mots, comme moinillon, jeune moine, et moinerie, ensemble de moines ou monastère, les deux mots étant presque des archaïsmes et parfois péjoratifs, à éviter donc. En revanche, un mot est souvent oublié dans la famille, un mot délicieux, le « moineau » de Paris ou d’ailleurs…

Là, Jean, il faut nous expliquer parce que le lien n’est pas immédiatement perceptible…

Non en effet, c’est en réalité la ressemblance de couleur entre la robe de bure de l’ecclésiastique et le plumage, la livrée de ce petit oiseau, livrée grise et marron. Et du passereau, ce qu’on disait auparavant, on est passé au moineau, en somme un « petit moine ». Mais sur le mot même de moine se sont aussi ajoutés des mots de sens différent. Par ressemblance de couleur, par exemple, dès 1605, est venu le « moine de mer », qui représente une sorte de phoque, il y eut également un poisson de même nom qu’on appela aussi « évêque de mer » du fait que les écailles de sa tête ressemblaient à une mitre, tout comme ses nageoires faisaient penser à la robe portée par les évêques. Évidemment on ne manqua pas d’en faire une légende, ce moine de mer imaginé comme remplissant des fonctions d’autorité auprès des sirènes et des tritons… On disait même qu’extrait de la mer Baltique, l’animal aurait été présenté à un groupe d’évêques qui le libérèrent, et le poisson, le moine de mer, leur aurait alors adressé un signe de croix avant de disparaître … Jolie légende finalement. Mais il y a un moine qu’on atteste en 1652, et que nos arrière-grand-mères glissaient dans nos lits. Vous avez déjà compris de quoi il s’agit, Louis.

Oui, c’est cette sorte de bâti qu’on mettait dans un lit avec un récipient rempli de braises, et qui réchauffait les lits, à l’époque où l’on ne chauffait pas les chambres.

Exactement. Ce qui d’ailleurs ne doit pas être oublié quand on lit par exemple dans un roman d’Alexandre Arnoux qui se passe au XVIe siècle, le Seigneur de l’heure, publié en 1955, qu’une des héroïnes « s’a [s’est] frottée d’onguent et couchée avec un moine sur les reins ». Pas d’erreur sur le mot ! D’ailleurs quiconque fait des mots croisés doit se souvenir de ce type de moine bien utile pour ne pas se retrouver entre des draps gelés… Que lis-je en effet dans une définition de mots croisés ? « Compagnon de lit » : le moine aves ses braise bien sûr.

Y a-t-il encore d’autres définitions du moine, dans les mots croisés, Jean ?  Oui, par exemple : « Homme d’Ordre », un ordre religieux bien sûr. C’est une bonne définition, meilleure que « Homme qui porte la robe », trop vague. Surtout qu’en 1275, on disait déjà que « la robe ne fait pas le moine » ! C’est bien sûr l’intense sentiment religieux, son exemple et son mode de vie qui font le moine.

Commentaires

  1. Bonjour,

    Par rapport à votre mot du jour (moine), j’ai une petite devinette/blague à vous proposer :

    Savez vous pourquoi il y a du silence là où vivent les moines ?
    Parceque c’est dans ces lieux que sont appelés les moines à s’taire…

    Bien à vous,
    Merci pour votre chronique
    Gilles

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