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Émission du 24 mai 2019 : Les transports

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Vous souhaitez aborder aujourd’hui l’épineux problème des transports en France.

Oui, mais permettez que je commence par une comparaison avec quelques pays dans lesquels j’ai eu l’occasion de voyager récemment. Dotée d’équipements similaires à ceux d’un avion long courrier, la classe économique du Sapsan, le Tgv russe, est à la fois plus luxueuse, plus spacieuse et plus propre que la première classe du Tgv français, et pour un prix deux fois moins élevé que notre seconde classe. Chef de cabine, contrôleur, hôtesse d’accueil et barman dans chaque voiture : pour assurer confort et sécurité à ses usagers, la compagnie ferroviaire russe n’a pas lésiné sur le personnel naviguant, en tenue soignée et maîtrisant parfaitement l’anglais. le trajet Moscou-Saint-Pétersbourg (800 km, l’équivalent d’un Paris-Nice) s’effectue en moins de quatre heures, à une vitesse moindre qu’en France (220 km/h), mais plus constante, avec uniquement trois arrêts de deux minutes, montre en main. Combien d’arrêts sur un Paris-Nice ? Certes, le Sapsan est neuf, qui plus est sous-occupé puisque réservé jusqu’à maintenant à une clientèle aisée, essentiellement étrangère, et la main-d’œuvre russe est bon marché. Mais comment expliquer que même en Sicile et au Maroc, les trains soient plus ponctuels que dans l’hexagone, que les voies ferrées y soient en bien meilleur état (avec des traverses en béton et non pas en bois vermoulu), et que les banquettes ne soient pas maculées de traces de semelles ou de chewing-gum ? A Dubaï, dans les Emirats Arabes Unis, toutes les infrastructures (transports en commun, autoroute, aéroport, centres commerciaux) sont neuves, et contemporaines les unes aux autres, donc pensées dans un souci d’harmonie et de cohérence. Les installations du métro sont tellement propres et agréables que vous pourriez dormir à même le quai, et vous brosser les dents dans les toilettes ! Vous ne parvenez pas à acheter votre ticket de transport ? Un employé s’en charge, avec un grand sourire. Et lorsqu’une porte est en panne, c’est le directeur de la station en personne, en costume cravate, qui descend sur le quai pour s’excuser auprès des passagers de la gêne occasionnée.

Tout cela est bien joli, mais qu’adviendra-t-il dans cinquante ou soixante ans, lorsque, comme en France, tout aura vieilli, que le réseau sera saturé du fait de l’accroissement concomitant de la population et de sa mobilité, et qu’il faudra tout remplacer en même temps ?

Comme vous le soulignez fort justement, le problème est plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Mais revenons justement à la situation dans notre pays. Est-il vraiment nécessaire d’illustrer par quelques exemples l’état de délabrement avancé de nos transports ? Notre contrôle aérien, organisé par zones et non pas à l’échelon national, est l’un des plus archaïque d’Europe, mais aussi le mieux rémunéré, et s’illustre avec un record de 250 jours de grève par an, contre 4 en Allemagne ! Nos Tgv sont moins ponctuels qu’il y a vingt ans, à cause de l’augmentation de la fréquentation, de la saturation du réseau qui fonctionne dorénavant à flux tendu, sans aucun conducteur, ni aucune rame, ni aucun transformateur électrique de réserve, à cause de la vétusté des lignes qui nécessite des ralentissements systématiques, et à cause de la multiplication des retards intempestifs dus à des pannes, à des accidents de personnes ou à des alertes terroristes. En matière de remplacement des infrastructures, comme c’est le cas pour nos centrales nucléaires d’ailleurs, nous avons pris un retard énorme, sans anticiper les évolutions et les financements, en répercutant par exemple ces coûts sur les prix, tandis que certains pays plus prévoyants ont provisionné les fonds nécessaires pour préparer l’avenir, tels les états du Golfe, ou encore la Norvège, qui, dans un tout autre domaine, a capitalisé à hauteur de 750 milliards de dollars le surcoût du financement de ses retraites à l’horizon 2050. Notre pays se trouve dès lors confronté simultanément à quatre problèmes, dont certains sont communs à toutes les vieilles puissances économiques, tandis que d’autres lui sont assurément spécifiques : celui de la vétusté simultanée de presque tous nos équipements, celui de la croissance exponentielle du trafic de voyageurs, celui des lourdes contraintes sociales (coûts salariaux et acquis sociaux), et celui de nos capacités de financement quasi inexistantes. Mais peut-être ces problèmes sont-ils sans solution, et que le déclin des sociétés trop complexes est décidément récurent ?!…

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