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Émission du 14 juin 2019: La France est-elle un pays démocratique ?

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Vous nous parlez aujourd’hui de la démocratie. La France est-elle un pays démocratique ?

Oui bien sûr, si on la compare à l’ensemble des pays du globe, mais si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que la démocratie y est bien souvent bafouée dans bien des domaines. Dans celui de la vie politique par exemple : si tout citoyen dispose bien du droit de vote, l’accès à la représentativité locale ou nationale est réservée à une élite d’initiés. Les cinq cents signatures que doit présenter un futur candidat à l’élection présidentielle n’émanent pas de citoyens ordinaires, mais d’élus locaux et de parlementaires, et, par ailleurs, le Sénat est toujours élu au suffrage indirect. Dans le domaine social maintenant, les organisations syndicales, de moins en moins représentatives des travailleurs, sont surreprésentées dans les négociations paritaires ou tripartites avec le patronat et le gouvernement, et cela constitue un véritable déni de démocratie : ceux dont la situation professionnelle est précaire ne trouvent le plus souvent aucun syndicat pour les défendre, tandis que s’affilier à la centrale le plus contestataire est devenu un privilège réservé aux plus malins, que la contradiction avec leurs propres opinions ne semble pas étouffer. Autre déni de démocratie : le pouvoir extravagant que s’octroient quelques corporations (chauffeurs routiers, cheminots, pilotes de ligne, agents EDF ou postiers) de paralyser presque intégralement le pays en s’attaquant aux points névralgiques. On voit mal effectivement comment les vendeurs de parapluies pourraient empêcher le monde de tourner ! Et que dire du monde très clos des médias, qui a trop tendance à pratiquer la consanguinité intellectuelle et le réseautage ? Le monde de l’édition n’est pas en reste, puisque pour être publié à compte d’éditeur, c’est-à-dire sans y engager ses deniers personnels, il faut être médiatisé, pistonné, avoir déjà publié ou encore avoir pignon sur rue. Les grands éditeurs parisiens, qui sont pourtant dans une moins mauvaise posture financière que leurs petits concurrents de province, et qui devraient par conséquent donner l’exemple de l’audace, sont en réalité ceux qui prennent le moins de risques avec les jeunes talents : peu leur importe le sérieux, le courage ou la pertinence du contenu, il leur faut un emballage vendeur, un nom, une mode, pourvu que l’ouvrage franchisse les fourches caudines du tiroir caisse, ils n’ont cure de la critique, quand celle-ci a encore conservé son indépendance d’esprit !

Donc, la démocratie intégrale n’existe pas. Mais, la démocratie est-elle seulement souhaitable ?

Pas si sûr. Churchill disait que c’était la forme de gouvernement la moins mauvaise. Est-il effectivement légitime et approprié d’accorder le même droit de vote aux personnes informées qu’à celles qui ne le sont pas, ou si peu ? Par ailleurs, la réunion de tous les mécontentements n’accouche pas de solutions consensuelles et durables, et la démocratie totale s’avère assez vite ingérable, rimant avec anarchie.

Alors, quelle solution ?

La solution serait peut-être le « despote éclairé » : une sorte de Napoléon, du moins dans son côté organisateur, réformateur et fédérateur, mais sans le côté expansionniste, et qui, mu par le bien commun, l’intérêt général et une vision long-termiste, saurait, lors d’une trajectoire éclair, mener les réformes qui s’imposent sans se soucier de l’opinion publique ni de sa réélection. Quelqu’un qui s’aurait s’imposer par son autorité naturelle et la justesse de son action, mais apte également à quitter la scène sans se cramponner au pouvoir.

Mais cela existe-t-il seulement ?

Je l’ignore, mais le fait est que les régimes forts sont dans l’air du temps, et que l’Histoire est riche de périodes où des gouvernants faibles, même pétris des meilleures intentions du monde, n’ont pu endiguer la montée des périls : les trois fils de Philippe le Bel à l’aube de la guerre de cent ans, les trois fils d’Henri II à l’époque des guerres de religion, Louis XVI avant la révolution française, le tsar Alexandre II de Russie, qui fut assassiné alors qu’il avait entrepris de courageuses réformes dont l’abolition du servage, ou encore le dernier empereur de Chine Puyi. On dit que ce ne sont pas les grands hommes qui firent les grandes époques, mais à l’inverse les grandes époques qui firent les grands hommes. Assurément nous vivons une de ces époques charnières, dramatique parce que déterminante, mais aussi palpitante que passionnante !

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