La chronique scientifique

Podcasts

Émission du 10 mai 2019 : Jésus

pexels-photo-220201

L’analyse scientifique des textes sacrés existe : cela s’appelle l’exégèse. Comment cette science travaille-t-elle ?

Tout d’abord, il faut préciser qu’exégète et théologien poursuivent des objectifs fondamentalement différents. Comme tout scientifique, l’exégète recherche la vérité, pour autant qu’elle soit accessible. Le théologien cherche lui à garantir l’ordre au sein de la société, et pour y parvenir échafaude un dogme. L’un et l’autre travaillent dans des champs différents, et l’exégète n’est nullement habilité à contester, ni à confirmer d’ailleurs, la position du théologien, laquelle est purement subjective. La méthode utilisée par les exégètes s’appuie essentiellement sur trois critères visant à garantir l’authenticité des écritures. Le premier critère est celui de « l’embarras » : le baptême de Jésus, présumé sans péché, par Jean-Baptiste qui, d’une part, lui était inférieur, et, d’autre part, baptisait « pour la rémission des péchés », l’existence du traître Judas au sein des douze apôtres pourtant choisis par Jésus, son cri sur la croix (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ») ou l’échec que constitue sa mort sur une croix, sont des faits qui, bien que très vraisemblables, ne sont pas « religieusement corrects », et ça c’est un signe d’authenticité ! Vient ensuite le critère de « la nouveauté » : le refus du jeûne, l’interdiction du divorce, son accueil inconditionnel de tous (Samaritains, païens, esclaves, occupants romains, femmes, enfants, prostituées, lépreux), c’est inédit, et si ce n’est pas lui qui a inventé cela, alors on peut saluer celui qui l’a fait ! Le dernier critère est celui de la multiplicité et de la diversité des sources : à ce titre, la contribution des écrits non chrétiens est précieuse, car non sujette à caution.

Et que nous apprend l’exégèse de l’homme Jésus ?

Le seul véritable consensus chez les chercheurs, de quelque horizon qu’ils soient, c’est la certitude de l’existence historique de Jésus, né à Nazareth en Galilée (et non pas à Bethléem en Judée, enjolivement destiné à rattacher Jésus à la lignée de David)) quelques années avant notre ère, et crucifié à Jérusalem dans les années 30, après une courte vie publique. Ce n’était ni un théologien ni un agitateur politique, mais un prophète itinérant et indépendant, comme il en existait beaucoup à cette époque. Certains avaient femme et enfants, mais tout porte à croire que lui ne s’est jamais marié.

Et concernant ses actes et ses paroles ?

Pour comprendre le message de Jésus, il faudrait le décaper de son vernis religieux, le débarrasser de la gangue de la foi. Même après deux millénaires, c’est chose possible. Pour ce faire, vous pouvez vous livrer à cet exercice très simple, tout à fait à votre portée, et qui ne nécessite nullement d’être exégète : achetez un exemplaire de poche du Nouveau Testament, munissez vous d’un feutre surligneur, et relisez l’évangile de Matthieu ou celui de Marc avec un regard neuf, presque sans réfléchir, comme vous liriez un poème ou les Fables de La Fontaine, en essayant de vous libérer de tout présupposé ou réflexe d’autocensure (ce qui n’est pas si facile, tant nos consciences sont imprégnées de christianisme !), en surlignant les passages qui vous parlent au cœur, qui vous aident à vivre, et qui ont du sens pour vous, et non pas aux yeux de l’Eglise. Lorsque vous aurez terminé, vous pourrez constater que vous aurez sélectionné sans doute essentiellement les paraboles. Eh bien, vous pouvez grosso modo considérer que le reste est constitué d’ajouts ultérieurs : les récits de ses actes bien sûr, puisqu’ils ont été écrits a posteriori (entre 30 et 70 ans après la mort de Jésus) et par une tierce personne, mais aussi certaines des paroles rapportées comme ayant été prononcées par Jésus, ces actes et ces paroles ayant été en réalité placés là dans un dessein particulier, soit relevant du récit mythique, soit fruit de constructions mentales destinées à assurer une cohérence, à établir, étayer et consolider une croyance, voire à amplifier la portée du message de Jésus.

Lesquels par exemple ?

Sa discussion avec les docteurs de la Loi à l’âge de douze ans, ou le « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » ne sont pas attestés par les historiens. Quand à la phrase de la Cène « Faites ceci en mémoire de moi », c’est un ajout de Paul dans sa première épître aux Corinthiens.

Commentaires

  1. Il est désolant de ne voir ici affirmée qu’une vision étroitement minimaliste (sous prétexte de rigueur scientifique),ne faisant état que de positions datées (pour certaines de la fin du XIXe,début XXe),maintenues dans un pseudo-consensus,qui me semble plutôt relever d’une certaine paresse intellectuelle.
    Il y est fait peu de cas d’études contradictoires, dès cette époque,de la part de spécialistes (en particulier les travaux du P.M.Jousse,sur les techniques de mémorisation dans les sociétés de transmission orale,comme aussi Robinson, »redating New TESTAMENT), études revisitées ces dernières années (P.Perrier,le P.Guigain, à partir de lectionnaires syriaques)…et tant d’autres savants, à moins qu’il soit de rigueur d’éliminer a priori de la discussion ceux qui seraient croyants,quelque-soit leurs compétences..!?!
    La définition du « théologien » est platement partisane, certaines affirmations (Nazareth/Bethléem, ajout de st Paul…)hypothèses ne résistant pas à une critique interne…Quant à l’exercice proposé, il est tout simplement infantile !
    en toute fraternité. Michel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *