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Émission du 7 juin 2019 : Vers une régulation de la démographie mondiale ?

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Pourquoi la surpopulation mondiale est-elle le fléau majeur qui menace la survie de l’Humanité ?

Parce que nous avons dépassé la côte d’alerte. Depuis 1970, l’Humanité consomme chaque année davantage de ressources naturelles renouvelables (oxygène, eau et biomasse) que la planète peut produire dans le même temps par sa capacité à absorber les déchets, purifier l’eau et le sol, et stocker le CO2. En 2019, nous vivrons à crédit à partir du 31 juillet, ce qui signifie que nous aurons épuisé les capacités annuelles de régénération de la planète en seulement sept mois. Et cette date avance de deux jours chaque année.

Cela signifierait-il que nous sommes deux fois trop nombreux ? Est-il possible de déterminer un effectif humain optimal qui permettrait de garantir l’équilibre durable de notre biosphère ?

Nous sommes aujourd’hui environ 7,7 milliards d’individus, et nous étions en 1970 certes deux fois moins nombreux, environ 3,7 milliards d’individus. Mais en 1970, à peine un habitant de la planète sur cinq avait accès aux biens de consommation et aux services, et aujourd’hui, cette proportion n’a guère évolué. Or, nous le voyons bien, et nous le comprenons encore mieux, tous les habitants de la planète souhaitent bénéficier du progrès. Si l’on veut préserver les équilibres de la biosphère, donc notre survie, il n’y aurait donc, sur notre planète, pas même la place pour 3,7 milliards d’individus vivant sur le modèle consumériste nord-américain. Il est évidemment hors de question de continuer à produire, consommer et polluer comme nous le faisons. Mais il semble toutefois difficile d’avancer des chiffres, car tout dépend également du degré de sensibilisation des populations aux questions environnementales, et trop de paramètres entrent en ligne de compte… disons que la biosphère pourrait supporter de manière pérenne un milliard d’êtres humains moyennement vertueux, et peut-être deux ou trois milliards si tous sont des écolos convaincus.

Mais est-il possible de revenir à un tel chiffre ? Comment procéder ? Et qui supprimerait-on ?

Personne bien évidemment, tout le monde mourrait de sa belle mort ! Il faut commencer par faire évoluer les mentalités, amener progressivement les habitants de la planète à réaliser qu’aujourd’hui, le mot progrès n’est plus synonyme de bonheur, que la croissance éperdue est une fuite en avant vers un désastre financier, monétaire, économique, social, politique et écologique majeur, et que le « Croissez et multipliez » du Livre de la Genèse a lui-même perdu une partie de son sens. Il est vital, pour la survie de l’espèce humaine et la viabilité de la biosphère, d’intégrer la nécessité d’une régulation démographique à l’échelle mondiale. Cela doit passer par une période transitoire de six ou sept décennies, correspondant à la durée d’une existence, de limitation drastique des naissances dans tous les pays de la planète sans exception, puis, une fois l’optimum démographique atteint, de mise en place de mécanismes régulateurs visant à nous stabiliser à cet objectif : tout est affaire d’équilibre !

Quelles mesures concrètes préconisez-vous ?

Elles doivent être pensées à l’échelle de l’Humanité, et adaptées à la situation de chaque pays. En France, par exemple, il faudrait, momentanément du moins, interrompre notre politique nataliste. Le refus de réduire la natalité risque de se payer en morts violentes lors d’accidents climatiques ou sanitaires, et de conflits idéologiques ou territoriaux. On peut d’ailleurs se demander si l’individualisme ambiant n’est pas un anticorps à l’hyper démographie, et si les perspectives d’un horizon bouché du point de vue du climat, de l’environnement, de la dette, de l’emploi ou des retraites, n’agissent pas déjà comme un puissant contraceptif.

Ces mesures ne vont-elles pas provoquer un déséquilibre de la pyramide des âges et une pénurie de main-d’œuvre comme en Allemagne ?

Le problème du vieillissement est un faux problème : c’est comme si, à un médecin qui sommerait son patient obèse de 120 kg de changer de mode de vie pour maigrir, celui-ci répondait : « Mais, mes pantalons devenus trop larges, qu’en faites-vous ? »

N’êtes-vous pas un peu catastrophiste ?

Ni catastrophiste, ni béat, mais réaliste. Si ce message atteint son but, le pire sera évité. Qualifieriez-vous de pessimiste un passant qui mettrait en garde un enfant s’apprêtant à traverser la rue sans regarder ?

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