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Émission du 5 juillet 2019 : Les reines de France

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Vous souhaitez apporter aujourd’hui un éclairage original de l’Histoire de la monarchie française, appréhendée sous l’angle des femmes, et spécialement des reines.

Oui car, bien qu’exclues du pouvoir par la loi salique, elles n’ont cessé de réguler le pouvoir monarchique, et jouèrent de multiples rôles : assurer une descendance à leur époux (Jeanne de France et la reine Margot ont été répudiées faute d’avoir donné un descendant mâle à leur époux), réaliser des alliances européennes (mariages d’Anne d’Autriche avec Louis XIII, de Marie-Thérèse d’Autriche avec Louis XIV, ou de Marie Antoinette avec Louis XVI), repousser les frontières du royaume de France par l’acquisition de nouvelles possessions (Aliénor d’Aquitaine, femme d’une grande beauté, apportait, par son mariage avec Louis VII, un territoire vaste comme un quart de la France d’aujourd’hui, et dont elle était seule héritière, mais ce dernier commit l’erreur politique de la répudier au motif qu’elle ne lui avait pas donné de fils, et elle convola en secondes noces avec le pire ennemi de son premier mari, le roi d’Angleterre Henri Plantagenêt, l’Aquitaine tombant ainsi dans l’escarcelle des Anglais, Anne de Bretagne, par son mariage avec Charles VIII, lia définitivement le sort de son duché à celui de la France), légitimer une rupture dynastique en assurant la continuité par les femmes, ou au contraire éliminer une branche rivale (C’est ainsi que Louis XI poussa le machiavélisme jusqu’à marier sa fille Jeanne, au physique tellement ingrat qu’elle semblait dans l’incapacité de concevoir une progéniture, avec le futur Louis XII, descendant de la branche des Valois-Orléans, juste pour s’assurer de son extinction. Mais Louis XII la répudia (elle fut ensuite canonisée) et, à la mort de Charles VIII, ultime représentant des Valois directs, épousa en secondes noces la femme de ce dernier, Anne de Bretagne, faisant d’elle la seule femme à avoir été deux fois reine de France. Quinze ans plus tard, faute de descendant, il marie sa propre fille Claude avec le futur François Ier, lequel inaugure la dynastie des Valois-Angoulême. Un tuilage similaire se reproduit lorsque Marguerite de Valois, dite la reine Margot, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, épouse le futur Henri IV, premier représentant de la dynastie des Bourbons. En fixant le mariage la veille du massacre de la Saint-Barthélemy dont elle était commanditaire, Catherine de Médicis empêchait Henri IV, l’un des chefs du parti protestant, d’y périr. Et quel plus bel exemple de continuité que le second mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise d’Autriche, nièce de la reine Marie-Antoinette ?), encourager les arts et la culture, remplir les caisses de l’état (c’est pour apurer la dette que la Couronne avait à Florence qu’Henri IV épousa en secondes noces Marie de Médicis, fille d’un banquier de Toscane ; elle fut couronnée in extremis dix ans plus tard, la veille de l’assassinat du roi par Ravaillac), et participer à la gouvernance, voire l’assumer pleinement en cas de défaillance du pouvoir (croisades, guerres ou régences : celles de Blanche de Castille avant la majorité de Louis IX, ou d’Isabeau de Bavière avant celle de son fils Charles VII, palliant à la folie dans laquelle avait sombré son époux Charles VI).

Et l’amour dans tout ça ?

Rassurez-vous, il y eut de véritables mariages d’amour : celui d’Henri Ier avec Anne de Kiev, ou de Louis IX avec Marguerite de Provence par exemple. Il y eut aussi des adultères célèbres : les épouses des trois fils de Philippe le Bel, Louis X, Philippe V et Charles IV, appelés à régner successivement, furent compromises dans une affaire qui les conduisit l’une à la mort par étouffement, la seconde à la clémence et la troisième au couvent. Et quelques favorites de renom : Agnès Sorel pour Charles VII, Diane de Poitiers pour Henri II, Gabrielle d’Estrées pour Henri IV. François Ier n’eût pas moins de vingt-sept maîtresses simultanément, et Henri IV, surnommé le Vert Galant, soixante-treize au total.

Quelques singularités ?

Deux reines furent mères de trois rois : Jeanne 1ère de Navarre (épouse de Philippe IV le Bel, mère de Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV) et Catherine de Médicis (épouse de Henri II, mère de François II, Charles IX et Henri III) : dans les deux cas, on épuise toute la fratrie avant d’acter l’extinction de la dynastie. Marie Stuart fut successivement reine d’Ecosse puis reine de France. Un dernier mot sur celles qui furent considérées comme des traîtresses à la cause de l’Etat : Isabeau de Bavière, à qui l’on reprocha d’avoir favorisé les Anglais lors du traité de Troyes, et Marie-Antoinette d’Autriche.

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