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PSAUME – 117

20.04.22
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PSAUME – 117

En marche vers dimanche 01h04

PSAUME – 117 (118), 2-4, 22-24, 25-27a

2          Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !
3          Oui, que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !
4          Qu’ils le disent, ceux qui craignent le SEIGNEUR :
Eternel est son amour !

22        La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
23        c’est là l’oeuvre du SEIGNEUR,
la merveille devant nos yeux.
24        Voici le jour que fit le SEIGNEUR,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

25        Donne, SEIGNEUR, donne le salut !
Donne, SEIGNEUR, donne la victoire !
26        Béni soit au nom du SEIGNEUR celui qui vient !
De la maison du SEIGNEUR, nous vous bénissons

27        Dieu, le SEIGNEUR, nous illumine.


Nous avons déjà chanté ce psaume 117 (118 dans la Bible) pendant la nuit pascale et le jour même de Pâques. Et chaque dimanche ordinaire, il fait partie de l’Office des Laudes dans la liturgie des Heures (ou le Bréviaire si vous préférez). Pas étonnant : pour les Juifs, ce psaume concerne le Messie ; pour nous, Chrétiens, quand nous célébrons la Résurrection du Christ, nous reconnaissons en lui le Messie attendu par tout l’Ancien Testament, le roi véritable, le vainqueur de la mort. C’est donc à ce double niveau de l’attente juive et de la foi chrétienne que je vous propose de l’entendre.
LE SENS DE CE PSAUME DANS LA FOI JUIVE :
C’est un psaume de louange : il commence d’ailleurs par le mot « Alleluia » qui signifie « louez Dieu » et qui donne bien le ton de l’ensemble ; ensuite, il comporte vingt-neuf versets et sur cet ensemble de vingt-neuf versets, il y a plus  de trente fois le mot « SEIGNEUR » (les fameuses quatre lettres du nom de Dieu en hébreu) ou au moins Yah, qui en est la première syllabe… et ce sont autant de phrases de louange pour la grandeur de Dieu, l’amour de Dieu, l’oeuvre de Dieu pour son peuple… Une vraie litanie !
Ce psaume de louange est chanté pour accompagner un sacrifice d’action de grâce au cours de la fête des tentes, cette fête très importante qui dure huit jours en automne. Je commence par vous raconter le déroulement de la fête des tentes : le ri­te le plus vi­si­ble pour des étran­gers se si­tue hors du Tem­ple : pen­dant tou­te cet­te se­mai­ne, on ha­bi­te – mê­me en ville – dans des hut­tes de bran­cha­ge, les « Ten­tes » ou « Ta­ber­na­cles », (d’où le nom de cet­te fê­te) en mé­moi­re des ten­tes du dé­sert et aus­si de la pro­tec­tion de l’ombre de Dieu, pen­dant l’Exode ; d’autres ri­tes se dé­rou­lent à l’intérieur du Tem­ple : des cé­lé­bra­tions de tou­te sor­te (dont le point com­mun est le re­nou­vel­le­ment de l’Alliance), au cours des­quel­les cha­que pè­le­rin bran­dit des rameaux en les agitant. Plus exactement, il s’agit d’un petit bouquet soigneusement lié, le bou­quet de « lou­lav » com­po­sé d’une pal­me, d’une bran­che de myr­te, d’une branche de sau­le et d’un cé­drat (sor­te de pe­tit ci­tron). En­fin, pen­dant cer­tains of­fi­ces, on fait une im­men­se pro­ces­sion au­tour de l’autel en agi­tant ces bou­quets de lou­lav et en chan­tant des psau­mes en­tre­cou­pés de « Ho­san­na » qui si­gni­fie à la fois « Dieu sau­ve » et « Dieu, sau­ve-nous ». Il y a éga­le­ment des ri­tes de li­ba­tion d’eau et une gran­de illu­mi­na­tion du Tem­ple le soir du dernier jour : Saint Jean y fait al­lu­sion.
C’est une fê­te plei­ne de fer­veur et de joie car el­le an­ti­ci­pe la ve­nue du Mes­sie : on rend grâ­ce pour le sa­lut dé­jà ac­com­pli et on ac­cueille le sa­lut qui vient, qui ne sau­rait tar­der (le Mes­sie). C’est le sens de l’acclamation « Bé­ni soit ce­lui qui vient au nom du SEI­GNEUR ».
Dans les quelques versets retenus pour la liturgie de ce dimanche, nous ne retrouvons pas tous les éléments de la fête des tentes, mais nous avons ressenti la joie qui habite les croyants : « Voici le jour que fit le SEIGNEUR, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! … Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! »
Cette bonté du Seigneur, le peuple d’Israël l’a expérimentée tout au long de son histoire. Pour le dire, le psaume raconte l’histoire d’un roi qui vient d’affronter une guerre sans merci et qui a remporté la victoire ; et ce roi vient rendre grâce à son Dieu de l’avoir soutenu. Il dit par exemple : « On m’a poussé, bousculé pour m’abattre, mais le SEIGNEUR m’a défendu » (v.13)… « Toutes les nations m’ont encerclé : au nom du SEIGNEUR, je les détruis » (v.10)… et encore : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du SEIGNEUR » (v.17). C’est donc un individu qui parle ici, un roi qui a miraculeusement échappé à toutes les attaques des pays qui l’assaillaient ; mais, en réalité, nous savons qu’il faut lire entre les lignes : c’est l’histoire du peuple d’Israël. De nombreuses fois au cours de son histoire, il a frôlé l’anéantissement ; mais à chaque fois le Seigneur l’a relevé et il chante dans cette grande fête des tentes : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncerai les actions du SEIGNEUR ». Ce rôle de témoin des oeuvres du Seigneur, c’est la vocation propre d’Israël ; et c’est dans la conscience même de cette vocation qu’il a puisé la force de survivre à toutes ses épreuves au long de l’histoire.
LE SENS DE CE PSAUME POUR LES CHRETIENS
Tout d’abord, on remarque la parenté entre la fête juive des tentes et l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, que nous commémorons dans la fête des Rameaux.
Mais surtout, la jubilation qui court dans ce psaume convient au Ressuscité du matin de Pâques ! Il est ce roi victorieux : les évangélistes, chacun à sa manière, nous l’ont présenté comme le roi véritable : pour n’en citer qu’un, par exemple, Matthieu a construit l’épisode de la visite des Mages de manière à bien nous faire comprendre que le véritable roi n’est pas celui que disent les historiens (c’est-à-dire Hérode) mais l’enfant de Bethléem… ou bien Jean, dans le récit de la Passion, nous présente Jésus comme le vrai roi des Juifs…
En méditant le mystère de ce messie rejeté, méprisé, crucifié, les apôtres ont découvert un nouveau sens à ce psaume : Jésus est cette pierre angulaire, rejetée par les bâtisseurs et qui devient la pierre maîtresse1… Rejeté par son peuple, il est devenu la pierre de fondation de l’Israël nouveau.
Il est vraiment « celui qui vient au nom du SEIGNEUR » comme dit le psaume : l’expression même a été employée lors de son entrée solennelle à Jérusalem.
Enfin, on se souvient que ce psaume était chanté à Jérusalem à l’occasion d’un sacrifice d’action de grâce ; Jésus, lui, vient d’accomplir LE sacrifice d’action de grâce par excellence ! Il est l’Israël nouveau qui rend grâce à Dieu son Père : c’est même ce qui caractérise Jésus : toute son attitude envers son Père n’est qu’action de grâce et c’est cela justement qui inaugure entre Dieu et l’humanité l’Alliance nouvelle : celle où l’humanité n’est que réponse d’amour à l’amour du Père.

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