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PSAUME – 8

En marche vers dimanche 01h04

4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
5 qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

6 Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
7 tu l’établis sur les oeuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds :

8 les troupeaux de boeufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.


AU SEIN DE L’IMMENSITE DU MONDE
« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas… » Peut-être sommes-nous dans le cadre d’une célébration de nuit ; hypothèse tout à fait vraisemblable, puisque le prophète Isaïe fait parfois allusion à des célébrations nocturnes, par exemple quand il dit : « Vous chanterez comme la nuit où l’on célèbre la fête, vous aurez le coeur joyeux… » (Is 30,29). Imaginons donc que nous sommes un soir d’été, à Jérusalem, au cours d’un pèlerinage, une célébration à la belle étoile.
Nous n’avons pas lu ce psaume en entier, mais si nous nous reportons à notre Bible, ce qui saute aux yeux dès la lecture de ce psaume, c’est que la première et la dernière phrases sont exactement identiques ! « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » Donc pas besoin de chercher plus loin le thème de ce psaume : c’est une hymne à la grandeur de Dieu !
Au passage, d’ailleurs, remarquons que le nom employé pour Dieu ici, c’est une fois de plus le nom de l’Alliance, les fameuses quatre lettres, YHVH, le Nom très Saint qu’on ne prononce jamais : donc, même si le mot Alliance n’est pas employé une seule fois, il est sous-entendu ; c’est le peuple de l’Alliance qui s’exprime ici.
Revenons à cette phrase qui est répétée au début et à la fin : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »  On a donc là une parfaite symétrie… Elle encadre quoi ? Une méditation sur l’homme. Cette construction est très intéressante. A la fois, l’homme est bien au centre de la création, ET en même temps tout, y compris l’homme, est rapporté à Dieu : Lui seul agit et l’homme contemple…Tout est « ouvrage des doigts de Dieu », tout est « oeuvre de tes mains… Tu fixas les étoiles…Tu penses à l’homme, Tu en prends souci, Tu le couronnes de gloire et d’honneur, Tu l’établis sur l’oeuvre de tes mains, Tu mets toute chose à ses pieds ».
La « couronne » de l’homme, c’est le cosmos justement : et ce n’est certainement pas un hasard si le psaume est construit de telle manière que l’énumération des oeuvres créées par Dieu encadrent l’homme, lui faisant comme une couronne. Si on reprend la structure globale de ce psaume, il se présente comme des cercles concentriques : au centre l’homme « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur l’oeuvre de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds »… Puis un premier cercle, la Création : de part et d’autre des versets concernant l’homme : d’un côté le ciel étoilé, et la lune… de l’autre tous les êtres vivants : troupeaux, bêtes sauvages, oiseaux, poissons… Puis deuxième cercle, la fameuse phrase répétée : l’homme contemple le vrai roi de la Création : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »
SPLENDEUR DE DIEU, SPLENDEUR DE L’HOMME
La royauté de Dieu est dite déjà par le mot « grand », un mot du langage de cour qui dit la puissance du roi vainqueur. Elle est dite aussi bien entendu par le mot « splendeur ». Ce roi est vainqueur de l’adversaire, de l’ennemi, sans difficulté apparemment, puisqu’il se contente pour rempart d’un gazouillis de nourrisson ; (la traduction de ce verset est très discutée… nous choisissons ici la traduction liturgique, puisque c’est celle-ci que nous entendons à la Messe et elle est très suggestive) : « Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte ». (Sous-entendu le chant des tout-petits : voilà le rempart que tu opposes à tes ennemis ; cela suffit).
Cette royauté, Dieu ne la garde pas jalousement pour lui : puisqu’il couronne l’homme à son tour. L’homme aussi a droit à un vocabulaire royal : l’homme est « à peine moindre qu’un dieu »… il est « couronné »… toutes choses sont « à ses pieds » : il y a là l’image d’un trône royal : les sujets se prosternent en bas des marches. Pour dire la même chose, le livre de la Genèse avait raconté la création de l’homme comme intervenant en dernier après toutes les autres choses, après tous les autres êtres vivants, pour bien montrer que l’homme était au sommet ; et puis le livre de la Genèse encore avait montré l’homme donnant un nom à toutes les créatures, ce qui est un signe de supériorité, de maîtrise… Dans la Création, la vocation de l’homme est bien d’être le roi de la Création : Au premier couple humain, Dieu avait dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » (Gn 1,28).
Je reviens sur la phrase : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? »  Belle manière de dire la présence de Dieu auprès de l’homme, sa sollicitude.
Evidemment, un tel psaume respire la joie de vivre ! Mais il peut bien arriver dans nos vies des jours où cette présence de Dieu auprès de l’homme sera ressentie comme pesante. C’est ce qui arrive à Job un jour de grande souffrance : il était un grand croyant, un priant et il connaissait ce psaume par coeur, très certainement ; eh bien, un jour, dans son désespoir, il en arrive à regretter d’avoir chanté ce psaume avec tant d’enthousiasme, quand tout allait bien : et il va jusqu’à dire : « Laisse-moi… Quand cesseras-tu de m’épier ?… Espion de l’homme… Qu’est-ce qu’un mortel pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention ? » Ce jour-là, sa foi a bien failli basculer ; et certains d’entre nous, trop éprouvés, connaissent ce vertige ; mais pour eux, comme pour nous tous, comme pour Job, Dieu veille et continue quoi qu’il arrive à « prendre souci de l’homme ».
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Complément
La Bible est un livre « heureux » ! Tout ce psaume respire la joie. La joie devant la splendeur de Dieu, et aussi devant la splendeur de l’homme. Ce roi humain de la Création se soumet à son tour à Celui qui en est le vrai Maître : il reconnaît sa petitesse, il reconnaît qu’il doit tout à son Créateur.

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