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Le chanvre sauveur du climat ?

24.01.23
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Le chanvre sauveur du climat ?

Ecologie et énergie, à nous les bonnes idées 07h05

Mercredi dernier, l’ONU à Genève a organisé un atelier pour promouvoir la culture du chanvre qui représente de nombreux avantages et applications dans l’industrie du textile et des matériaux de construction. Il favoriserait même la capture du CO2 dans l’atmosphère. Pourquoi ce soudain intérêt pour le chanvre ? En quoi cette plante aurait-elle le potentiel de sauver le climat ?

Il faut savoir que le développement de l’humanité depuis l’antiquité jusque dans les années 1930 est lié étroitement à la culture du chanvre. Cette plante était utilisée pour les cultes religieux, les pratiques médicinales, l’alimentation, la fabrication de tissus et les matériaux de construction. Les traces archéologiques les plus anciennes de l’utilisation du chanvre remontent à 11 500 ans.

Les Arabes au 11e siècle, par exemple, produisent du papier à base de chanvre. Christophe Colomb en 1492 découvre l’Amérique avec un navire dont le tissu des voilures est fabriqué avec du chanvre. En France, la corderie royale de l’arsenal à Rochefort est créée en 1666 par Colbert pour sécuriser l’approvisionnement du chanvre national. En 1840, on exploitait 176 000 hectares de chanvre sur le territoire français soit 10 fois plus qu’aujourd’hui.

Pourquoi sa culture a telle été abandonnée ?

À la fin du 19e siècle aux États-Unis, le chanvre est concurrencé par les industries du papier, du coton, de la pharmacie et du pétrole. La confusion entre le cannabis récréatif et le chanvre industriel est entretenue par les lobbies qui font pression sur le gouvernement américain pour démanteler la production du chanvre. Cette chasse aux sorcières arrive en Europe après la Seconde Guerre mondiale. En 1961 l’ONU ajoute le chanvre et ses dérivés à la liste des drogues à combattre finissant le travail d’éradication des applications du chanvre dans l’industrie au profit des produits dérivés du pétrole.

Pourquoi le retour du chanvre serait-il une solution pour sauver notre climat ?

Ce sont ses incroyables propriétés qui place cette plante comme un produit miracle. De nos jours, les applications sont nombreuses : médecine, alimentation, papier, plastique, textile, matériaux de construction biosourcés, chauffage, éclairage et même dépollution des sols. La récolte du chanvre se fait en seulement 4 mois. Elle consomme 70 % d’eau en moins que le coton et réclame peu de pesticides. C’est aussi la plante qui produit le plus de biomasses sur terre par hectare de culture. C’est un véritable puits de carbone naturel qui capte de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère.

Quelles sont les applications dans la construction et la rénovation des bâtiments ?

C’est l’utilisation de la fibre de la tige du chanvre très dure qui permet notamment de fabriquer l’isolation thermique et phonique des bâtiments. On peut l’utiliser pour la construction neuve et la rénovation. Le matériau est recyclable en fin de vie. Il est disponible en vrac, en panneaux ou en rouleau. On peut le mélanger au béton ou à la chaux pour augmenter les performances thermiques et la résistance au feu. Le chanvre possède aussi un déphasage plus important que la laine de verre améliorant le confort d’été. Les matériaux créés avec le chanvre sont durables et résistent très bien aux attaques de bactéries, aux champignons et aux rongeurs.

Comment se développe la filière du chanvre industriel en France 

Ces dernières années, le marché des matériaux d’isolation biosourcés à base de chanvre, de fibres de bois, de ouate de cellulose a une croissance de 15 à 20 % par an même si la part du marché global reste faible de l’ordre de 5 à 10 %. La nouvelle règlementation énergétique ou RE 2020 impose d’utiliser une part importante de matériaux biosourcés dans la conception des nouveaux bâtiments. Le marché va donc continuer son expansion dans les prochaines années. Il est toutefois très important de prendre les bonnes décisions politiques pour favoriser la production locale et la fabrication des matériaux biosourcés sur le territoire national. Nous devons éviter une importation depuis des pays à l’autre bout du monde mettant à mal le bilan carbone des matériaux et notre indépendance industrielle.

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