Carte blanche de Didier Rance

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31 octobre 2020 : Tous hérétiques ?

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Tous hérétiques ? Même Dieu ? Travaillant sur le chapitre 12 de l’Évangile de saint Matthieu en partant du sens originel des mots employés par l’évangéliste, un sens souvent riche de suggestion et savoureux, je trouve que ce que nous lisons généralement « Voici mon serviteur que j’ai choisi  » se lit au sens propre et concret, « que j’ai pris dans mes mains » et de là, « que j’ai pris, que j’ai attaché à moi, que j’ai adopté », et bien sûr « que j’ai choisi ».

Cette traduction « que j’ai choisi » est tout à fait correcte, mais le verbe « choisir » risque de nous faire perdre un peu de vue le sens premier que « prendre dans ses mains » désigne et rend vivant, charnel.

Or tout choix est aussi non-prise de ce qui n’est pas choisi : quand vous prenez quelque chose dans vos mains, elles ne peuvent pas prendre l’indéfinité des autres choses qui existent ou pourraient exister. Il est d’ailleurs frappant de constater, comme avec le mot sacrifice, qu’un terme original en soi positif (nous allons le voir) n’a pas tardé à prendre un sens négatif, je veux dire celui du choix choix qui exclut ce qui pourrait ou devrait être aussi choisi (pour nous tout choix est limité, même si pour Dieu, pas de problème ; ses mains sont assez larges).

Et cette évolution se dessine déjà dans le Nouveau Testament ! En effet le nom et l’adjectif utilisés dans le texte originel de l’Évangile de saint Matthieu pour désigner ce qu’au sens propre on prend dans ses mains et celui qui prend quelque chose, quelqu’un dans ses mains sont hérésis et hérétikos, dont le français nous offre des traductions transparentes, hérésie, hérétique… Autrement dit le Père est le premier hérétikos, hérétique, lui qui prend dans ses mains de toute éternité son Fils bien aimé dans la bienheureuse Trinité. Avant qu’il y ait des mauvais choix, des exclusivités erronées, il y a les bons choix, à commencer par le choix de Dieu qui a nom Jésus Christ, son Fils éternel. Mais le tropisme à tourner en mauvaise part des mots signifiant le choix en grec, hérésie, hérétiques fait que saint Paul l’utilise déjà dans sa lettre à Tite avec le sens négatif de « mauvais choix », ce choix que les traductions appellent juste titre tire « hérétique ».

Il est utile toutefois de se souvenir que le choix est d’abord bon et bien, à l’image de celui de Dieu aux premiers jours de la Genèse, « Et il vit que cela était bon », même si l’hérétique se trompe, en excluant dans son choix ce que la foi catholique inclut.

 

Didier Rance

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