Carte blanche de Didier Rance

Podcasts

Émission du 25 mai 2019 : François d’Assise, diacre L’homme dont les diacres doivent s’inspirer (pape François)… et les autres de même.

20160826_135514

« Le soir venu » : que de fois cette expression m’a saisi au moment de proclamer l’Évangile dont elle constitue les premiers mots. Elle apparait en fait dès la Genèse (le soir précède le matin dans le récit de la Création), mais elle est surtout fréquente dans les Évangiles, une quinzaine de fois. C’est bien sûr une indication temporelle – le moment où le jour commence à décliner et la nuit à venir. On apprend ainsi que le soir venu, Jésus voyait arriver des malades ou qu’il s’en allait souvent à cette heure pour prier.  Le Jeudi saint, le Vendredi saint ou le dimanche de Pâques, « Le soir venu»  apparait à des moments décisifs : le dernier repas, l’ensevelissement, l’apparition aux Douze, la demande des disciples d’Emmaüs : « Reste avec nous ».

Mais il y a dans « le soir venu… » bien plus qu’une simple indication temporelle. D’abord le crépuscule (comme l’aube) est un processus qui garde toujours une part de mystère : vous aurez beau y passer des heures bien des soirs, vous ne serez jamais capable de situer l’instant précis où la nuit prend le pas sur le jour. Mais surtout, il y a là une dimension profondément anthropologique et spirituelle (je ne tiens pas compte des lumières artificielles qui la faussent) : nous avons été actifs au long du jour, mais la nuit sera le temps de la passivité, et le soir qui vient est cet entre-deux que nous ne maitrisons pas où nous sommes appelés à lâcher prise, quel qu’ait été notre journée, à nous en remettre au repos et surtout à Dieu (d’ailleurs la Genèse nous le dit : c’est par le soir qu’il a commencé sa création, son action et donc en nous de même d’une certaine façon).

Un poète, un musicien et un mystique ont dit ce mystère du soir venu bien mieux que je ne saurais le faire. Le poète, Pierre-Jean Jouve parle d’un soir venu « où l’on a beaucoup souffert mais ou plus rien / Plus rien n’est pour la cendre ». Le musicien, Bach, achève sa Passion selon saint Matthieu à partir des mots « le soir venu », et sa musique procure une « paix sereine » comme l’écrivait Albert Schweitzer, et déjà grosse de la nuit de Pâques. Le mystique, saint Jean de la Croix, nous en dit le secret ultime : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ».

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *