Carte blanche de Didier Rance

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24 octobre 2020 : Silence !

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Il est rare qu’un souhait exprimé soit réalisé une dizaine d’années plus tard. J’exprimais il y a près de dix ans sur cette antenne celui que soit réédité le grand livre de Max Picard, le Monde du silence – rien à voir avec le film de Cousteau sorti deux ans plus tard- publié en 1954 et introuvable même bien souvent en bibliothèque. Et voici que ce livre vient d’être réédité !
Le silence est une Atlantide, un continent perdu à la recherche duquel quelques explorateurs intrépides se lancent. Par explorateurs je n’entends pas ici ceux qui écrivent ou parlent sur le silence, que ce soit son histoire, sa sociologie, sa psychologie, une chronique radio ou encore qui décrivent toutes les pathologies qui découlent de sa disparation dans le monde actuel dans lequel les nuisances sonores sont un des maux les plus pernicieux, les plus dénoncées comme nuisances principales dans les sondages, les plus légiférés et pourtant dans les faits les moins combattues– j’entends par explorateurs ceux qui partent à la recherche de ce continent perdu en mettant en jeu toute leur existence – à commencer par les Chartreux et les ermites.
Max Picard était l’un de ceux-là, aux dires de Gabriel Marcel un des très rares philosophes occidentaux dignes de ce nom, c’est-à-dire vivant ce qu’il écrivait. Ou plutôt écrivant ce qu’il vivait. Et sa recherche l’a conduit jusqu’à ce Silence primordial avec un S majuscule, celui dont parle saint Jean de la Croix quand il dit « Le Père n’a dit qu’une seule Parole, c’est son Fils et, dans un éternel silence, il la prononce toujours » – même si Picard est revenu ensuite en arrière, sous le poids de la désolation. Il faut lire et relire Le monde du silence, si possible dans ce qu’on peut réussir à trouver de silence autour de soi et en soi. Si des page en sont désespérées, comme si le silence s’était retiré à jamais des affaires humaines les dernières offrent l’espérance : même dans nos villes si bruyantes, le silence n’est peut-être pas mort, il dort – le confinement l’a montré à qui savait écouter. Et que Dieu s’entoure de silence nous invite à faire silence pur aller à sa rencontre, car le silence est ce médium naturel dans lequel nous pouvons étreindre le mystère surnaturel.

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