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Nijole Sadunaïte

23.04.22
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Nijole Sadunaïte

Carte blanche de Didier Rance 06h07

Le sourire de Nijole Sadunaïte a fait le titre de son livre-témoignage le plus connu, Un sourire au Goulag. Quand je l’ai revue à Vilnius, capitale de la Lituanie, après l’indépendance de son pays, elle n’avait pas beaucoup changé, par rapport à sa célèbre photo du Goulag, sinon ses cheveux blancs. Je lui ai un jour rendu visite avec un groupe de Français. Nous l’avons écouté bouche bée. Celle que ses compatriotes ont surnommé la Jeanne d’Arc de la Lituanie nous a raconté sa vie de croyante persécutée, quand elle rédigeait la Chronique Clandestine de l’Eglise de Lituanie. Le jour où le KGB est venu l’arrêter, il y avait six pages de la Chronique à côté de sa machine à écrire : « J’en ai pris pour six ans de Goulag – une année par page. Mais j’en ai publié 15000 ! Qu’est-ce que j’aurais écopé si je les avais toutes eues sur mon bureau ! » Et au retour du Goulag ? « J’ai vécu cinq ans en clandestinité totale. Le KGB a fini par me trouver. Mais les temps étaient en train de changer. Ils ont voulu que j’émigre ‘volontairement’. Je leur ai dit que je préférais aller en prison. Ils m’ont demandé pourquoi. Je leur ai répondu : ‘Parce que je vous aime beaucoup. Vous êtes mes frères et je ne veux pas aller au Ciel sans vous. Jésus aussi vous aime beaucoup, il est mort aussi pour vous sur la Croix. Si vous m’expulsez, je serai libre, mais c’est plus dur pour moi de faire pénitence, tandis qu’en prison je serai obligée de le faire, et je le ferai pour vous – comme cela nous serons ensemble au Ciel ». Elle ne fut pas exaucée : elle fut expulsée.

« Vous n’avez jamais eu peur, Nijole » ? » «  Si, avant d’agir. Mais je me disais que si je ne faisais pas ce qu’il y avait à faire quelqu’un de sûrement meilleur que moi devrait le faire et prendrait des risques, alors la peur s’en allait ». Et au Goulag ? « Dieu me soutient où que je sois. Sans sa volonté, pas un cheveu de ma tête ne pourra tomber. Les mois dans la prison du KGB ont été les plus heureux de ma vie. Ma bonne humeur les énervait. Je chantais, je priais. Pas seulement pour moi mais pour tous ceux enfermés au Goulag. Je sentais combien Dieu est avec moi, et aussi combien la prière des autres me soutenait ». Aujourd’hui, Nijole et son pays connaissent de nouveau l’inquiétude.

Didier Rance

 

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