Carte blanche de Didier Rance

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Émission du 23 février 2019 : Un enterrement en Chartreuse

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C’est un petit livre de moins de 80 pages et de plus de bien petit format. Le titre intrigue, : « La neige tombait sur le corps du chartreux » et le sous-titre encore plus : « L’enterrement d’un moine à la Grande Chartreuse, souvenirs d’un jeune de quinze ans ». Souvenirs d’un jeune de quinze ans ! Quiconque a « visité » la Grande Chartreuse –  je ne saurais trop vous recommander de le faire au moins une fois dans votre vie, sait qu’on n’y entre pas et qu’on doit se contenter de la visite de la Correrie et de son Musée (d’ailleurs remarquable) – et, j’en ai fait deux fois l’expérience, qu’on ne vous laisse pas plus entrer dans une autre Chartreuse.  Quand à l’idée qu’une CHrtreuse accepte comme postulant un garçon de 15 ans et donc qu’il puisse assister à un tel enterrement est saugrenue. La préface d’Albert de Mun dissipe rapidement le malentendu : celui-ci est mort en 1914. De plus, l’évocation de l’expulsion des moines de la Grande Chartreuse (1903) au début du livre et les rares données qu’on peut colliger sur l’auteur, René de Montozon, confirment que l’ouvrage date d’il y a plus d’une siècle et concerne des événements vieux  peut-être de près d’un siècle et demi.  L’ouvrage devient alors vraisemblable.

Dès les premières pages, l’arrivée au monastère sous la neige dissipe tout doute et transporte dans un témoignage passionnant sur l’univers des Chartreux – ceux qui ont vu Le Grand Silence seront frappés de la ressemblance avec celui d’aujourd’hui. Contrairement à nombre de pages de cette époque, le style est sobre, sauf quand il s’agit des sentiments que déclenche la vision du moine décédé que les autres chartreux portent en terre sous la neige ; alors, la certitude que la mort est un hymen paisible avec l’éternité s’empare du garçon et l’habite encore des décennies plus tard. Cette sobriété fait que le récit n’en est que plus saisissant ; il fait entrer le lecteur dans cet univers où la prière est respiration quotidienne et où une petite médaille, des petits bouts de pain et un reste de cierge deviennent des signes de l’éternité et de sa béatitude.

Un petit joyau. L’éditeur qui l’a republié doit en être remercié.

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