Carte blanche de Didier Rance

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22/02/2020 : Pas un jour sans…

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« Pas un jour sans (ceci ou cela) » ou encore « Un jour (ou : la vie) sans (ceci ou cela) ne vaut pas la peine, sous-entendu « d’être vécu », « serait un mal, une erreur, un vide) etc. Ces locutions, parfois proverbiales (ainsi, en Provence, « Une journée sans vin est une journée sans soleil ») fleurissent depuis longtemps. Et vous pouvez en inventer autant que vous voulez, il suffit d’ouvrir un dictionnaire et de mettre le mot sur lequel votre doigt est tombé. Je viens de le faire, et cela donne : « pas un jour sans platane ». Pourquoi pas ?

Mais qui a initié ce genre d’affirmation ? J’ai fait la recherche pour la musique, à partir d’une phrase de Nietzsche : « Sans musique, la vie serait une erreur » ; cet aphorisme appartient aujourd’hui aux clichés et s’imprime sur les Tshirts.Beaucoup lui en attribuent la paternité. C’est vrai sur la forme mais plus de deux millénaires avant lui Platon écrit : « La musique me parait indispensable si nous voulons que notre vie soit quelque peu supportable », et parmi les auteurs de son siècle que Nietzsche connait bien on trouve dans le même sens le poète Jean Paul « La musique est la brillance de la lune dans la sombre nuit de la vie », ou le philosophe Schopenhauer, en mode positif : « La musique est la mélodie dont le monde est le texte », et bien d’autres. Le cliché existait déjà.

De façon plus générale qui a été le premier à parler de cette façon ? Peut-être Socrate se demandant il y à près de deux millénaires et demi si une vie non examinée vaut la peine d’être vécue.

Au XIXe siècle, ce genre de formule s’emballe, et pas seulement pour la musique, aussi pour la poésie, avec Baudelaire : « Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, de poésie, jamais ». Au siècle suivant le sport, ou la philosophie avec Vladimir Jankélévitch : “ On peut vivre sans philosophie. Mais pas si bien”, ou les drogues, et – heureusement l’amour (Marcelle Auclair), prennent le relais, toujours sur le même modèle.

Et Dieu là-dedans ? Un jour sans Dieu et que vaut la vie ? Le psaume 62 répond, s’adressant à Dieu : « Ton amour vaut mieux que la vie ». Pour que l’eau ait du goût il faut d’abord qu’il y ait de l’eau, et cela vaut bien sûr de Dieu et de la vie.

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