Carte blanche de Didier Rance

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20 juin 2020 : Logique et vie

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Les adjectifs et expressions qu’on accole au terme logique nous disent beaucoup sur celle-ci : « une logique rigoureuse », « c’est logique » autrement dit indiscutable…  et si les logiciens savent que la « logique floue » de Lotfi Zadeh en est une branche légitime, utilisée dans l’informatique, les deux mots accolés nous semblent jurer. D’ailleurs, pour couronner le tout, il y a l’expression « logique implacable », et tout est dit. La logique est implacable, circulez, il n’y a rien à discuter. Nous sommes aux antipodes de la vie concrète telle que nous la vivons avec notre subjectivité, dans sa fluidité, ses ambivalences, ses ambiguïtés, en un mot ses contradictions.

Rien d’étonnant : si la contradiction est au cœur de nos vie, le principe de non-contradiction semble au cœur même de la logique, et lui donner son caractère implacable : si a, on ne peut affirmer à la fois a et non a – Aristote le disait déjà et en donnait un exemple évident ; si a est un homme, il ne peut être en même temps et en tant qu’homme un bateau – ou un raton laveur.

Et pourtant ! Jan Lukasiewicz, un des plus grands logiciens du siècle passé, s’inscrit en faux contre cette opposition absolue qui entraine une rupture totale entre l’homme et la logique mais aussi avec le monde qui obéit au principe de non-contradiction. Et que deviennent alors notre liberté et notre responsabilité ? Lukasiewicz écrit : « du point de vue logique, le principe de contradiction n’a pas de valeur car, exigeant une preuve, il ne se laisse pas prouver matériellement. En contrepartie, il possède une valeur pratique et éthique considérable, dans la mesure où il constitue l’unique arme contre l’erreur et le mensonge. Ainsi nous sommes obligés de l’admettre ». A posteriori.

Loin d’être un principe de la logique sans rapport avec notre vie, notre liberté, notre responsabilité, le principe de contradiction s’impose à nous et donne sens à l’une et à l’autre. Par exemple si quelqu’un me dit qu’il m’a vu hier à Paris alors que je sais être resté à Nancy, un de nous deux a tort – l’implacable principe de non-contradiction est ma seule arme contre l’erreur ou le mensonge. Et donc pour pouvoir réellement communiquer les uns avec les autres – comme Aristote le disait déjà.

 

 

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