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Carte blanche de Didier Rance 06h07

« Nul homme n’est une île », dit le poète avec raison. Nous vivons tous en archipel et nos rivages sont baignés des eaux de ceux que nous fréquentons ; famille, amis, relations nous façonnent et réciproquement, et non moins les écrans qui nous cernent de tous les côtés. Mais il est d’autres mers, pour lesquelles la parole de John Donne n’est pas moins vraie. Nous baignons aussi dans ceux à qui nous pensons, que nous lisons, écoutons, regardons, visitons ou prions. D’abord telle parole de l’Évangile, mais aussi tel geste de Saint François, telle page de Tolkien, tel vers de Milosz, tel choral de Bach ou andante de Mozart vous façonnent autant que M. X ou Mme Y – mettez les noms que vous voulez. « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es », cela vaut tout autant pour la vie de l’âme que pour l’être social et celui façonné par les écrans. Autant le savoir, ne serait-ce que par politesse, pour dire merci et mieux en profiter.

Notre conversation intérieure avec Dieu et avec les saints, avec les écrivains, les musiciens et autres créateurs que nous aimons n’est pas moins réelle que celle avec notre curé, nos collègues de travail et même notre conjoint. Leo Strauss nous invite à laisser dialoguer et même polémiquer en soi les grands esprits du passé et il fait de ce dialogue en nous la base d’une bonne éducation. Et Charles du Bos de son côté nous invite à la piété reconnaissante envers tous ces référents qui sont, nous dit-il, « les relations les plus poignantes, les plus solennelles, les plus consolatrices aussi qu’un esprit puisse entretenir » ajoutant « pour ma part, il n’y a pas de jour où plusieurs d’entre eux ne soient mêlés à ma vie avec un degré d’intimité qui mène au bord des larmes ». Comme je me retrouve dans cet aveu !

Il en va d’ailleurs de ces amitiés comme des autres, nous ressentons le besoin de les “matérialiser”, une icône ou une photo. Voir leur nom ou leur image suffit. Et si nous prend le désir de les avoir au bout du fil, le livre que nous ouvrons ou la prière que nous murmurons n’est pas moins sûr que le numéro que nous composons pour joindre un enfant, des amis. Il ne s’agit certes pas de s’y réfugier au détriment de ceux avec qui nous vivons, mais c’est un apprentissage de l’univers auquel nous aspirons, de notre maison d’éternité.

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