Carte blanche de Didier Rance

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Émission du 18 mai 2019 : L’agression qui se cache

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Raymond Murray Schaffer, l’inventeur de la science du monde sonore, termine sa préface de son maître livre, « Le paysage sonore » par cette phrase : « Dieu fut, entre autres, un ingénieur sonore de premier ordre ». Et il justifie cette assertion à première vue aussi surprenante que plaisante par ce fait généralement ignoré : « Il n’existe pas dans la nature de bruits capables de nous faire du mal ». C’est la révolution industrielle qui a apporté les bruits qui nous meurtrissent, et pas seulement l’oreille. Et ceci de deux façons : par le volume sonore, c’est le plus évident. Dès le XVIIIe siècle, la machine à vapeur et les machines d’imprimerie ont commencé à dépasser le seuil de souffrance auditive. Depuis cela n’a fait qu’empirer. Un orchestre de rock à 115dBA, un avion à réaction au décollage à 120 sont un supplice pour l’oreille normale. Et que dire de ces instruments de tortures que beaucoup mettent à leurs oreilles, les écouteurs ? Si nous ne nous en rendons pas compte, c’est parce que notre audition est déjà bien abîmée ; on peut même dire pervertie, et c’est la seconde perte, car ce qu’elle gagne, supporter des sons au-delà du seuil de la souffrance est une pseudo-compensation à ce que nous perdons, des plages de plus en plus grandes de sons naturels.

Le paradoxe, c‘est que cette pollution sonore n’est guère combattue qu’en paroles, y compris législatives, mais bien rarement en actes, alors que ses conséquences dommageables et souvent irréversibles pour la santé sont connus depuis longtemps ; alors que l’OMS nous dit qu’un européen sur trois est exposé au bruit de façon qui nuit le plus à sa santé  après la pollution atmosphérique ; alors que, sondage après sondage, le bruit arrive en première place quand on nous interroge sur les gènes et les nuisances que nous devons supporter place des gênes et nuisances supportées par les Français. Celui qui vit en ville peut en faire l’expérience : une voiture qui circulerait en dégageant une épaisse fumée polluante se ferait vite arrêter, mais une autre pétaradant ou une prétendue « Fête de la musique » peut perturber des dizaines de milliers de personnes et tourner au cauchemar dépressif pour d’autres.

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