Carte blanche de Didier Rance

Podcasts

18/01/2020 : Durabilité

20160826_135514

S’il est un mot dont le succès est inversement proportionnel à l’échec de la réalité qu’il désigne, c’est bien celui de durabilité responsable– ou de soutenabilité responsable pour parler franglais. Il est frappant de voir combien les marques de luxe ou la finance, qui ont les moyens de se payer de bonnes publicités en font un large usage. Mais c’est un tout autre domaine qui me vient en tête, le vaste univers des doctrines : religions, philosophies, idées qui façonnent les modes de pensée et l’insertion dans le réel.

Pendant des millénaires et plus, ce sont les religions qui ont joué ce rôle. Depuis deux siècles et demi les philosophies et les « sciences humaines » ont contesté cette domination et essayé de prendre leur place. Or me semble qu’elles ont de plus en plus de mal à durer. Pour ne prendre que la philosophie ou ce qui en tient lieu, l’avantage des personnes d’un certain âge sur les plus jeunes est d’avoir vu de ces théories paraissant géniales à leur sortie ou encore « cadre indépassable du savoir » pour parler comme Sartre à propos du marxisme, se flétrir de plus en plus vite, simples modes passagères. Ces modes, j’en ai connu depuis ma jeunesse ! Existentialisme, personnalisme, structuralisme, ormes variées de marxisme dont l’École de Francfort ou Ernst Bloch, nietzschéisme et acolytes foucaldiens, deleuziens et autres de la French Theory, phénoménologie et ses écoles, philosophes analytiques, nébuleuse post-moderne, philosophies néo-libérales, philosophies écologistes – et je ne parle que de celles qui ont tenu le devant de la scène au moins quelques années, sans parler des météores lancés comme des produits de rasage, comme les « Nouveaux philosophes » ou tel « penseur » actuel qui sort un livre tous les trois mois.

Mon intention ici n’est pas critique – il y a dans chacune ou presque de ces pensées du bon, voire du meilleur ; leur tort, ce sont leurs prétentions exclusivistes. Or reconnaissons que les religions tiennent mieux la route du temps en termes de durabilité et donc de responsabilité, qu’elles soient millénaires ou centenaires. Cela ne touche pas au fond, mais c’est peut-être un indice que loin d’être antagonistes, éternité et temps ont partie liée.

 

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *