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Il y a clown et clown.

17.09.22
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Il y a clown et clown.

Carte blanche de Didier Rance 06h07

Les saltimbanques, clowns, jongleurs et autres artistes qui se donnent en spectacle comme fous existent depuis fort longtemps mais là aussi la révélation chrétienne a bouleversé les cartes. Elle est folie pour les peuples nous dit saint Paul, qui ajoute à l’intention des chrétiens de Corinthe que les disciples du Christ sont donnés en spectacle au monde entier, comme des fous.

Aujourd’hui on croit souvent que la folie assumée pour le Christ, ceux qu’on appelle les fols en Christ, n’existe que dans les Églises d’Orient. Il n’en est rien : pensons à saint Philippe Néri, à saint Benoit-Joseph Labre. Ou encore à saint François d’assise qui proclame : « « Le Seigneur m’a dit qu’il voulait que je sois, moi, un nouveau fou dans le monde… Nous sommes les jongleurs (ou, meilleure traduction quoique anachronique, les clowns) du Seigneur », et ceci à une époque où le jongleur, l’équivalent de notre clown moderne est considéré comme un être inquiétant, voire démoniaque. L’empereur Frédéric II a même édicté à Messine une loi qui permet d’insulter, de battre et même de tuer impunément les jongleurs sans avoir à rendre compte devant la justice !

François prend des airs de clown, même quand il vient rencontrer le pape Innocent III avec ses compagnons, tous crottés et poussiéreux, et que le pontife lui dit : « Va chercher des porcs, frère, car c’est à eux que tu devrais être comparé plutôt qu’aux hommes, et vautre-toi avec eux dans leur boue » : ni une, ni deux, François court dans Rome jusqu’à ce qu’il trouve des cochons, se roule dans leur boue et retourne aussitôt voir le pape. Une autre fois il se met à danser devant le pape et les cardinaux…

A l’époque romantique les bouffons et les clowns, avec leurs jeux de dérision et de sarcasmes, ont été parés de toutes les vertus comme idéal de l’artiste, mais cela n’a rien à voir : eux c’est pour se mettre en valeur, et non pour montrer la folie du monde.

Aujourd’hui les croyants sont souvent considérés comme des fous, des clowns pour bien des gens sérieux qui ont pignon sur rue. C’est bien qu’il en soit ainsi, mais faisons toutefois attention à l’être à la façon d’un saint François, pas de celle du Fantasio de Musset, du poète clown triste de Baudelaire ou de Coluche…

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