Carte blanche de Didier Rance

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Émission du 16 mars 2019 : Voir et entendre

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L’œil et l’oreille sont nos deux sens majeurs pour nous relier au monde. Pour saint Paul, le premier est nettement ordonné à l’Au-delà, le second à notre aujourd’hui : « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face » d’une part, et « La foi nait de ce que l’on entend » d’autre part. La vision est pour les réalités dernière, l’audition pour les réalités présentes. Il ne s’agit bien sûr pas d’exclusivisme réciproque mais de pôles – et l’interdit de la représentation iconographique d’Exode 20, reprise par l’islam, comprend « tout ce qui la haut dans le ciel ou en bas sur la terre », n’existe plus en régime chrétien, l’icône est un pont entre ciel et terre.

En fait, jusqu’à la modernité, cette primauté de l’audition sur la vision pour ce qui était de cette terre existait partout. C’était ainsi largement le bruit des cloches qui rythmait les vies, à la campagne comme en ville, et non le coup d’œil jeté sur l’horloge, la montre ou aujourd’hui l’écran. Cela était possible parce que le niveau sonore ambiant était faible, voire silencieux – ce fond qui était l’écrin des voix et des sons et des bruits. La paix de ce fond sonore faisait que l’on pouvait l’entendre de fort loin et distinguer sans problème la marche d’un animal, le bruissement d’un insecte, le vent, la pluie, et autres -bruits de la nature. Chaque son – et tous étaient discontinus – avait un sens précis et déchiffrable par l’homme, que ce soit pour se protéger, pour donner une information, signaler une activité dans le voisinage, procurer un plaisir, prévoir un évènement à venir ou se tourner vers Dieu et élever vers lui son âme.

Aujourd’hui, les sons n’ont dans leur grande majorité plus de sens parce qu’ils se fondent, en ville du moins, dans un espèce de magma continu. Mais, surtout, le décuplement de la puissance sonore à fait du son un instrument de pouvoir – un signe parmi d’autres en est que les haut-parleurs dans l’espace public, inventés par les totalitarismes politiques ont été vite récupérés par la publicité et les autorités. Et le visuel prime, des écrans à la place publique, comme on essayait de se persuader qu’on est déjà au Paradis. Mais quelle piètre imitation du vrai !

Didier Rance

 

 

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