Carte blanche de Didier Rance

Podcasts

Dans la fuite devant Dieu

20160826_135514

A l’étranger depuis des semaines, j’apprends la disparition d’un ancien président de la République à travers la presse qui évoque « des millions d’hommages, » un deuil partagé par toute la nation, bref un événement exceptionnel dans la vie de celle-ci. Sans comparer en quoi que ce soit les deux défunts présidents, je ne peux m’empêcher de penser à ce que je viens de voir à la télévision du Zimbabwe à l’occasion de la mort de Robert Mugabe. Et, plus lointain, il y a 23 ans, lors de la disparition d’un autre président de la République française. Il est difficile à l’historien de ne pas penser à l’apothéose, cette cérémonie des funérailles des empereurs romains les transformant en héros voire en dieux. Ces événements ne se réduisent certes pas à cela, mais on ne peut exclure cette dimension, aussi ténue soit-elle.

La ressemblance est d’ailleurs tellement évidente que me revient aussi ce que j’avais écrit il y a 23 ans, en partant d’une analyse de Max Picard dans La Fuite devant Dieu, et que je reprends de mémoire. Le philosophe suisse lie le refus du Dieu vivant dans notre époque avec  son goût pour la célébration des « grands hommes ».  Pour lui, l’indifférentisme ou l’athéisme contemporain est en réalité une fuite de Dieu – l’homme court, court pour s’éloigner le plus possible de lui et sa vie n’est autre que cette course. Mais cette course le fatigue, l’épuise, il n’ plus rien de solide sur quoi s’arrêter et se tenir, à l’inverse de celui qui se tient devant Dieu. Alors il fait des politiques, vivants ou à leur mort, des « poteaux » auxquels s’accrocher, se retenir pour que cesse la fuite. Mais ces « grands moments » ne durent qu’un instant et bien vite la fuite reprend. Le « grand moment », le moment d’unanimité que vient de vivre ma nation à en croire ce que je lis n’en est-il pas un exemple (ce que je lis dans la presse étrangère est franchement différent et plus sobre) ?

Quoi qu’il en soit, qui dit fuite et fugitif dit aussi poursuivant. Et où que la fuite nous porte, personnellement ou collectivement, Dieu, le Poursuivant est toujours là et dit : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi ».

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *