Carte blanche de Didier Rance

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Émission du 7 septembre 2019 : Bernanos

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Georges Bernanos n’est certes pas un docteur de l’Église, et on peut critiquer ce qu’il a dit et écrit du point de vue de notre foi, par exemple le titre du roman qui le rendit célèbre, Sous le soleil de Satan – Dieu seul est soleil, l’adversaire n’est qu’un trou noir décréateur (mais on ne connaissait pas encore ceux-ci à l’époque de Bernanos). Il demeure que Bernanos a des fulgurances quand il médite sur sa foi chrétienne, même si le ton volontairement blessant sur lequel il le partage est regrettable – ainsi quand il partage le monde entre d’une part les imbéciles heureux, les optimistes et imbéciles malheureux, les pessimistes – il serait plus juste de parler de tendances qui nous affectent tous et pas seulement une catégorie d’humains qui ne seraient que cela. Il pousse même le bouchon un peu loin quand il décrit que le contribuable optimiste est celui qui, dépouillé de tout, même de sa chemise par le fisc, s’abonne à une revue nudiste et déclare qu’il se promène nu par hygiène et ne s’est jamais mieux porté.

Il demeure que sa réflexion fait mouche : le pessimiste et l’optimiste s’accordent à ne pas voir les choses telles qu’elles sont, et ne sont que l’envers et l’endroit d’un même. De fait, voir le verre comme à moitié plein ou bien le voir comme à moitié vide passe à côté de la vérité et témoigne seulement de deux cécités symétriques : en vérité le verre est à moitié plein ET à moitié vide, voilà comment sont les choses.

Mais Bernanos ne s’arrête pas là. A la tentation la plus courante, celle de l’optimisme, il oppose l’espérance, mais pas n’importe quel espoir humain, non, la vertu chrétienne de l’espérance, une détermination héroïque de l’âme quelles que soient les difficultés. Bernanos va jusqu’à écrire que « la plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». L’expression semble réductrice, je la crois juste, à la lumière de la célèbre phrase de saint Paul dans sa Lettre aux romains, spes contra spem, espérer contre, et surtout face, à tout espoir humain, l’espérance dans le cimetière de tous les espoirs, l’espérance des martyrs, que Bernanos dit à sa façon.

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