Carte blanche de Didier Rance

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3 février 2018 : Matraquage

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Prenant le train pour revenir de Paris, j’achète un célèbre quotidien français du soir. En page Une, un titre m’assomme : « 815 millions d’êtres humains souffrent de la faim ». La famine, je connais, j’ai travaillé des années contre dans les secours d’urgence au Sahel.  Il était alors question de plusieurs millions. Mais 815 millions, quelle tragédie ! Mais en tournant la page pour aller lire les articles, mon regard est accroché toujours à la Une par une publicité en couleur, dont le titre est en anglais – passons – et où je reconnais deux logos, celui  du Programme Alimentaire Mondiale de l’ONU, en charge de la lutte contre la faim dans le monde –  et celui d’une banque américaine cotée en bourse qui vient d’annoncer des bénéfices record. Tiens, quelle coïncidence ! me dis-je et je tourne les pages. Il y en quatre de dossier spécial sur « L’inextinguible faim de la planète », qui reprennent le chiffre de 815 millions dont 135 en besoin urgent d’assistance alimentaire – les organisations de l’ONU recherchent 22, 5 milliards de dollars pour faire face. Somaliland, Yémen, enfants les plus touché, faim en quotidien en France couvrent ces pages et vous saisissent le cœur, avec toutefois à la fin un article discordant de Rony Brauman, le cofondateur de Médecins sans frontières titré : les chiffres des Nation-Unies sont discutables.

Mais voici que quelques pages plus tard le double logo de la une réapparait, cette fois-ci pour une page entière de publicité, à la gloire du PAM et de la banque associée à lui, qui est présentée comme parangon de l’action innovante pour rendre aux affamés leur dignité et surtout de technologies innovantes pour collecter des dons. La publicité de la Une n’était pas une heureuse coïncidence, mais partie d’un plan de pub auquel s’est associé le quotidien ? Et comme par hasard un hebdomadaire du même groupe de presse que je trouve en arrivant chez moi propose le même jour six pages de publicité sur le même thème. Il me semble que la lutte contre la faim est une cause trop grave pour servir de support à un tel matraquage qui, comme l’écrit Rony Brauman, « finit par torpiller la crédibilité de ces organisations ».

 

Didier Rance

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