06.10.22 Camille Meyer Catégorie(s) : Sport Vie de l'Eglise

Mgr Gobilliard : « On a fait de cette Coupe du monde une idole où le but n’est plus la fraternité »

La pastorale du sport c’est avoir dans chaque lieu, dans chaque paroisse, dans chaque diocèse, dans chaque club de sport, un lien avec l'Église.  

Boycott de la Coupe du Monde, pastorale du sport et Jeux Olympiques à Paris en 2024, l’évêque auxiliaire de Lyon, évoque aussi ses fonctions de délégué du Vatican.

Pourquoi la Congrégation pour la culture et le conseil pontifical pour les laïcs vous ont choisi ? 

J’ai participé au synode des jeunes en 2018 et j’avais organisé un match de foot entre les évêques et les jeunes. Et du coup ils se sont dit “lui, il aime le sport. Allez hop” et du coup ils m’ont nommé voilà, je l’ai appris 6 mois après. Mais c’était assez drôle de savoir qu’il y’a pour la première fois un évêque délégué au sport. Il y a toujours eu un aumônier pour les Jeux Olympiques, une délégation de ces deux congrégations existait mais c’est la première fois qu’ils demandent que ce soit un évêque.

Je souhaite que la pastorale soit au plus près de l’événement.

Il y a tout un groupe qui s’est constitué autour de Monseigneur Marsset avec Isabelle de Chatellus en particulier, qui aura un rôle très important pour nous aider à coordonner tout cela, pour mieux accueillir les athlètes, pour mieux accueillir les fidèles qui sont intéressés par le sport, pour mieux accueillir l’entourage des athlètes ainsi que les spectateurs des Jeux Olympiques. Il y aura un tout un dispositif d’église autour du village olympique pour accueillir dans les différentes langues avec différentes thématiques.  Le sport c’est un moyen pastoral pour permettre à ceux qui le souhaitent de rencontrer Jésus. À nous de témoigner du fait qu’il n’y a pas d’opposition entre le sport et être chrétien. Accueillir les athlètes, voilà la mission pastorale des Jeux olympiques.  

Ensuite, il y a une mission qui est plus officielle, institutionnelle, que je vais porter. Par exemple, l’aménagement de la salle dans le village olympique qui sera un espace multiconfessionnel qu’on souhaite être un lieu d’accueil, de rencontre entre les athlètes et l’aumônier, sachant que ce sera un espace assez réduit et qui ne proposera pas la même liberté que l’ensemble des paroisses parisiennes. 

Est-ce qu’il y a un lien aujourd’hui, par exemple avec le comité olympique ?

Le lien est amical mais aussi institutionnel, notamment pour cette salle multiconfessionnelle qui fait partie du cahier des charges des Jeux Olympiques.  Ils sont obligés de proposer un lieu multiconfessionnel, mais c’est à nous de l’organiser, l’ensemble des religions. C’est à nous de prendre l’initiative, de réunir le groupe pour que l’on se mette d’accord sur comment aménager cette salle. Les choses progressent avec l’Atléticana Vaticana, le club de sport du Vatican. Depuis 2 ans, il y a eu l’organisation d’un meeting international d’athlétisme en lien avec la fédération italienne d’athlétisme. Le club a obtenu la reconnaissance de quatre fédérations sportives internationales : l’athlétisme, le taekwondo, le cyclisme (on a eu notre premier coureur au dernier championnat du monde en Australie) et le Paddle. Ça avance pas mal au niveau du basket et de la natation également.  Mais pour que l’on puisse être comité national olympique, c’est à dire Comité olympique du Vatican, il faut que nous soyons reconnus par cinq fédérations, or pour l’instant, il n’y en a que quatre.  La deadline pour les JO de Paris est passée, donc il n’y a pour l’instant pas de Comité Olympique du Vatican. Ce sera sûrement pour 2028 et les Jeux Olympiques de Los Angeles.  

Va-t-on voir des évêques sur un tatamis ?  

Un Comité olympique ne veut pas nécessairement dire que l’on va concourir. Ce n’est pas obligatoire. Avoir un comité Olympique veut dire que l’on est membre du CIO. Ça dépasse largement l’aspect sportif. Par exemple, il y a des fédérations de jeunes qui font partie du CIO, qui sont même fondatrices comme la « fédération sportive et culturelle de France« , auparavant « fédération sportive et catholique de France », est membre fondateur du CIO. Il y a des associations, autres que des Etats, membres du CIO.  Le fait pour nous d’en faire partie, c’est montrer au monde, l’importance que l’on accorde au sport, comme un lieu de rencontre, de réconciliation. Quand j’étais jeune, j’étais passionné par le sport, j’en faisais beaucoup et quand j’assistais au cours de catéchisme, j’attendais impatiemment que ce soit terminé pour que je puisse enfin en faire.  

On souhaite vraiment que ce soit plus le cas, que les gens se disent qu’il n’y a aucune opposition entre enseigner la foi, vivre sa foi, prier et faire du sport. Ce sont plusieurs réalités. Avoir une vie de famille, avoir une vie professionnelle, le bon Dieu s’intéresse à tout cela.  Le but pastoral c’est de montrer que l’Église s’intéresse au sport, y compris au sport de haut-niveaux ça peut être très intéressant pour l’Église et aussi pour les athlètes de se sentir reconnus. 

Est-ce le retour des patronages ? 

Pas de la même manière. Les patronages ont été fondateurs de plusieurs clubs de sport : de football, de basket mais actuellement, l’orientation que prennent les patronages est plus l’intégration de la globalité de la personne que la performance. C’est plutôt un ensemble d’activités, une dimension éducative plutôt qu’une montée en puissance vers des performances sportives.  À l’époque, dans certains cas, il n’y avait presque que l’Église, donc les jeunes, se raccrochaient à l’Église pour pouvoir faire du sport de haut niveau. Aujourd’hui, il y a d’autres possibilités. 

Vous évoquez le sport dans sa globalité, est-ce que l’Église, par exemple, va s’investir dans le E-sport ?

Je n’y ai pas du tout pensé… Je vais y réfléchir mais je suis trop vieux. [Rires]. Je ne sais absolument pas jouer à ces jeux vidéo. Déjà on essaye d’aller vers l’athlétisme, la natation, le basket et cetera. Le E-Sport, nous n’y sommes pas du tout.

Est-ce que vous allez regarder la Coupe du monde de Football ?

Je ne suis pas un passionné de football à la télé. Derrière votre question, il y a celle du boycott de la Coupe du Monde sur grand écran. Je trouve que l’on met beaucoup de pressions sur les athlètes, une pression morale qui peut être malsaine. En revanche, l’organisation de cette coupe du monde est un scandale, il n’y a aucun doute là-dessus, mais il aurait fallu le dire au moment où le Qatar a été désigné. C’est un peu hypocrite de crier maintenant.  Je pose la question : Est-ce que tu es prêt à arrêter ton métier (médecins, journalistes, footballeurs) parce que quelques-uns ont organisé la Coupe du monde au mauvais endroit ? C’est ça la vraie question. On a fait de cette Coupe du monde une idole où le but ce n’est plus la fraternité, la paix. C’est devenu une idole gouvernée par d’autres idoles qui sont l’argent, la gloire. Ils deviennent les moteurs du sport. C’est une dérive terrible. 

On peut dire que désormais vous êtes l’aumônier du sport ? La pastorale du sport est amenée à se développer dans les années à venir ?  

Je ne me considère pas comme l’aumônier du sport. Il faudrait que je sois en contact avec tous les sportifs, ce n’est pas du tout ce que je souhaite. La pastorale du sport c’est avoir dans chaque lieu, dans chaque paroisse, dans chaque diocèse, dans chaque club de sport, un lien avec l’Église.  

Comment ce lien va s’établir ?

La pastorale du sport, ce n’est pas la pastorale des grands événements où il faut se montrer, où on se valorise, à aller assister à tel match ou à telle compétition sportive, ce n’est pas ça le but. C’est un travail de fond. C’est un travail de contact avec les personnes au quotidien. La pastorale du sport, c’est la pastorale des gens. 80 % de la société à un lien avec le sport, les évènements sportifs regroupent le monde entier, nous avons le devoir d’être auprès de ces gens. Jésus rejoignait tout le monde. Le pasteur, l’évêque, le curé, le laïc qui veut être en mission, se doit d’être auprès des gens et le sport fait partie de la vie des gens.  

 

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