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Deux ans après l’incendie de Notre-Dame, où bat le cœur religieux de Paris ?

Le 15 avril 2019, l’incendie de la cathédrale Notre-Dame redessine la carte paroissiale parisienne. Si quelques fidèles ont depuis perdu leurs repères, nombreux sont ceux qui ont pu (re)découvrir leurs églises de quartier.

Notre-Dame de Paris. Presque deux ans apres l'incendie qui a ravage l'edifice religieux emblematique de Paris, la toiture et la destruction de la fleche, l'enquete suit son cours avec peu de resultats. L'echafaudage a quitte le centre de la cathedrale et de nouvelles etapes s'engagent comme la selection des chenes qui recomposeront la future charpente. Paris, France. February 14 2021. Photo Mario FOURMY/ABACAPRESS.COM Notre Dame de Paris Notre-Dame de Paris (monument) Notre Dame de Paris Notre Dame of Paris | 756335_009 Paris France
Photo Mario FOURMY/ABACAPRESS.COM Notre Dame de Paris Notre-Dame de Paris (monument)

 

Un mardi midi de Carême, rue Palatine à Paris. L’Angélus sonne sans perturber les employés de bureaux pressés, panier repas dans une main, dossiers dans l’autre. Dans ce ballet qui se joue au pied de l’église Saint-Sulpice, quelques fidèles de la messe de midi pressent le pas pour ne pas manquer l’office. Parmi eux, Alette, une habitante du quartier : “J’ai pour habitude d’être migrante liturgique mais depuis un an ou deux, je privilégie ma paroisse de secteur”. Ce qu’elle aime dans cette église, c’est la variété du public, “même si l’on se trouve dans le 6e arrondissement”, nuance-t-elle.

C’est vrai qu’à quelques pas de Saint-Germain-des-Prés, quartier chic parisien, de nombreux croyants ont fait de Saint-Sulpice leur paroisse d’élection par proximité avec leur lieu de travail. Comme cet homme en costume-cravate, Cynthia a choisi la pause déjeuner pour venir prier. Son bureau se situe “idéalement” entre la chapelle de la Médaille miraculeuse, rue du Bac, et l’église Saint-Sulpice. “Quand j’ai besoin d’aller voir la Vierge Marie pour lui confier une situation particulière, je fais un crochet à Saint-Sulpice”.

Saint-Sulpice remplaçante de Notre-Dame

Pour les habitués du quartier latin, Saint-Sulpice est surtout la remplaçante diocésaine de Notre-Dame de Paris qui accueillait avant le 15 avril 2019 “environ 400 fidèles en semaine et entre 2500 et 3000 le dimanche”, nous confie Mgr Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale. Au lendemain de l’incendie, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit a transféré sa cathèdre de l’autre côté de la Seine, à Saint-Sulpice pour les grands offices – car l’église est, par ses dimensions intérieures, l’une des plus grandes de Paris – et à Saint-Germain-l’Auxerrois, pour les messes diocésaines.

Si quelques fidèles de la liturgie diocésaine l’ont suivi, beaucoup de Parisiens assistent à leurs offices de quartier, en périphérie de la capitale. “Tout le cœur de Paris est devenu un centre historique inaccessible financièrement”, constate Mgr Chauvet. D’ailleurs, parmi le top 5 des paroisses qui comptent le plus de messalisants, Saint-Léon, Saint-Jean-Baptiste-de-Grenelle ou encore Saint Ferdinand des Ternes se situent dans des arrondissements très résidentiels (15e et 17e). Question de praticité donc, mais question d’intimité aussi. “Je ne me sens pas forcément à ma place à Notre-Dame, bien que je trouve l’endroit magnifique”, souligne Alette.

“Le cœur religieux de Paris bat partout”, père Gautier Mornas

Ce sont près de 12 millions de personnes qu’il faut en effet accueillir à l’année à Notre-Dame. “Quand on va se faire confesser, ils sont tous là à prendre des photos. On a un peu l’impression d’être des singes”, plaisante Mgr Chauvet. Difficile toutefois pour le maître de maison de faire la distinction entre un touriste et un pratiquant : “J’ai la conviction que beaucoup entrent en visiteurs et ressortent pèlerins ». Parmi les convertis les plus célèbres, l’homme de lettre Paul Claudel, dont “le cœur fut touché” lors d’une messe de Noël. Pour Mgr Chauvet, ce récit est loin d’être le seul : “Un jour, j’ai vu un jeune qui était sur le parvis. Il n’avait pas l’intention de rentrer mais il a été comme attiré par la Vierge du Pillier et il est allé ouvrir son cœur à un prêtre”.

Tout le monde a une histoire particulière avec Notre-Dame”, affirme père Gautier Mornas, responsable du département Art sacré à la Conférence des évêques de France (CEF). Pour l’un, c’est le Te Deum à la libération de Paris, pour l’autre c’est un pèlerinage personnel à l’occasion d’une première visite de Paris. C’est un rite initiatique, un peu comme l’entrée en 6e”. Mais ce n’est pas parce qu’elle est le premier monument touristique en France, qu’elle est plus spirituelle que n’importe quelle chapelle. “Prenez celle de Saint-Bernard, à 200 mètres d’une voie TGV à la gare Montparnasse, c’est aussi un cœur religieux battant. Pour moi, le cœur religieux de Paris bat partout”.

L’art au service de Dieu

Depuis la fermeture des lieux de culture, de nombreux lieux de culte parisiens ont d’ailleurs profité d’un regain de visiteurs. “En 2020, année du Covid-19, nous avons enregistré 13 000 visites, grâce aux QR code implantés à l’entrée des édifices, contre 10 000 en 2019. Jamais les Parisiens n’avaient autant poussé la porte de leurs églises”, reconnaît François Drouin, président de l’association Art, Culture et Foi.

Pour Hugo José Suárez, sociologue et chercheur à l’Université de Mexico (UNAM) spécialisé dans les religions, difficile de voir dans le tourisme à Paris un frein à la spiritualité. Avec ses chapelles chinoise, latino-américaine, polonaise (…) la cathédrale Notre-Dame est la définition du catholicisme universel. Chez les latinos-américains, impossible par exemple de ne pas y fêter le 12 décembre en hommage à la Vierge de Guadalupe.Depuis l’incendie, cette célébration a été déplacée à Saint-Germain-l’Auxerrois où se trouve une image de la Vierge de Guadalupe”. Mais finalement, peu importe la localisation, “la plupart des croyants sont prêts à faire plusieurs kilomètres pour voir la Vierge”. C’est aussi ça la spécificité de Paris, pouvoir prier le midi près de chez soi et à l’autre bout de la ville le soir. “Tout dépend de là où on se sent appelé”, reconnaît Cynthia.

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