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Esotérisme : qu’en pense l’Eglise ?

Avec la crise sanitaire et un futur encore flou, de plus en plus de Français se tournent vers des pratiques occultes pour trouver des réponses qu’ils n’ont pas forcément traditionnellement auprès de l’Eglise. Quel regard l’institution catholique porte-t-elle aujourd’hui sur les pratiques ésotériques, de plus en plus nombreuses ? Pour en parler, le père Gilles de Raucourt, vicaire à la paroisse Saint Lambert et membre de la Communauté Aïn Karem, le père Franck Javary, prêtre de la paroisse de Bagneux et une ancienne adepte de la voyance, étaient au micro de Marie-Ange de Montesquieu, ce matin, dans En Quête de Sens.

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63% des Françaises et 53% des Français croient aux arts divinatoires. C’est ce qui ressort d’une étude de l’IFOP réalisée pour le magazine Femme Actuelle en février 2021. Une étude qui intervient dans un contexte propice au développement de l’ésotérisme. Depuis le début de l’année, ces pratiques, et notamment la voyance, sont en plein essor. 26% des Français interrogés par ce sondage ont en effet révélé croire en cette prétendue capacité divinatoire.  La « faute » à la conjoncture marquée par la crise sanitaire et le manque de certitude sur l’avenir. C’est également sans compter les multiples moyens techniques mis à disposition de ces faiseurs de bonne aventure 2.0 et à leurs nouveaux adeptes. Tout le monde peut désormais avoir accès depuis chez lui, depuis son ordinateur, à une séance de medium ou de voyance. 

Une pratique qui déplaît à l’Eglise

Si les Français ont plus que jamais besoin d’être rassurés, cette tendance n’est toujours pas aux goûts de l’Eglise. “On se rassure par un mauvais moyen, qui éloigne de Dieu. On vient chercher des réponses à des gens qui n’en n’apportent pas. On va chercher ailleurs son salut”, explique le Père Franck Javary, prêtre de la paroisse de Bagneux. Sur cet aspect, l’Eglise n’a jamais vacillé, fidèle à ses préceptes théologiques. Le Catéchisme apprend au jeune fidèle que la divination ou à la voyance est contraire au premier commandement puisqu’elle éloigne de Dieu : « Tu n’auras pas d’autre dieu devant moi ». Le croyant est invité à remettre sa confiance dans “les mains de Dieu” et non dans celles d’une autre personne qui chercherait à guider et maîtriser l’avenir de son “client”. Quant à l’idée que cet avenir est écrit et qu’il peut être déchiffré, encore une fois, l’Église se désolidarise de cette idée, affirmant au contraire que le catholique ne doit pas être fataliste et qu’il est maître de son destin. 

Abus spirituel et manipulation

Pour le père Franck Javary, le danger de certaines de ces pratiques est réel : “On peut parler ici d’abus spirituel. Cela signifie qu’une personne parvient à prendre les commandes de la vie de quelqu’un.” Certes l’Eglise n’en est pas épargnée en son sein, mais la seule différence avec les arts divinatoires, “c’est qu’il y a une régulation par l’Eglise alors que les voyants sont en roue libre”.

Marie-Laure Ainoux en a été victime. Après avoir consulté un certain temps une voyante et pratiqué le pendule, elle a désormais tout abandonné pour se consacrer à Dieu : “Au début, la voyante dit des choses justes. En extrayant quelques parcelles de vérité, elle va vous attraper comme ça. Le reste est un tissu de mensonges. Je me suis rendue compte que tout ce qui était dit était fait pour inquiéter, poussant parfois à se couper de certains membres de sa famille sur ses conseils”. Après des mois de mal-être, caractérisé notamment par des visions, elle finit par pousser la porte d’une église, elle qui n’avait jamais été “tellement pratiquante”. Elle se confie à un prêtre, pensant avoir reçu un don. Elle comprend finalement pendant cette confession qu’elle a été victime de manipulation. 

Une réflexion à avoir en Eglise

Formé à l’accueil de ce genre de personnes, le père Gilles de Raucourt, vicaire à la paroisse Saint Lambert et membre de la Communauté Aïn Karem, déplore que l’Eglise n’ait jusqu’à présent pas assez répondu au malaise de certains chrétiens qui se tournent vers ce type de pratiques : “Nous avons laissé de côté à la fois des questions de guérison intérieure et de délivrance. On a perdu cette habitude d’être conscient des forces occultes dans notre quotidien”. “Il y a pourtant des prières toutes simples pour se “délivrer du mal”, témoigne Marie-Laure Ainoux : “Le Notre-Père, la prière à Saint Michel Archange, le Rosaire… »

Si de nombreux prêtres ne sont pas encore formés à ces demandes particulières, il est vivement recommandé de ne pas rester seul avec ses doutes et d’oser pousser la porte d’une église pour se confier. Avant même de franchir cette étape, il est nécessaire de faire preuve de vigilance. Quelques indicateurs peuvent mettre la puce à l’oreille lorsqu’il s’agit d’une pratique obscure : “un ostéopathe qui sort de son domaine de compétences pour dire des prières par exemple”, précise le père Franck Javary. “Dès qu’il est question d’argent, et de beaucoup d’argent, c’est mauvais signe”, complète le père Gilles de Raucourt : « j’ai rencontré un jeune qui avait 27 000 euros de dette après être entré dans une secte New Age« . Et au moindre doute, ne pas hésiter à consulter le centre “Samuel Ecoute”, situé à Paris. Ce service d’écoute oriente l’appelant, selon la situation personnelle présentée, vers des professionnels dédiés. 

 

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