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Damien Seguin, skippeur : « C’est possible d’avoir des rêves, même quand on a des handicaps depuis sa naissance comme moi »

Né sans main gauche, Damien Seguin a terminé septième au classement du Vendée Globe 2021. C’était sans compter son palmarès déjà bien fourni : cinq titres de champion du monde du voile, trois médailles aux jeux paralympiques (…). Il vient de publier aux éditions Glénat son livre « Damien Seguin, le défi d’une vie » et était ce matin au micro de Marie-Leïla Coussa pour l’émission « Rencontre ».

seguinD.S : Le chemin parcouru a été long. Je suis très fier d’avoir bouclé ce Vendée Globe. C’est un tour du monde assez exceptionnel, en solitaire, sans escale et sans assistance. C’est déjà un énorme challenge d’être au départ et de pouvoir terminer cette belle aventure. J’ai mis 80 jours à faire ce tour du monde, à vérifier que la terre était bien ronde ! C’est une sacrée aventure humaine physique et une compétition acharnée autour du globe.

RND. : Avant de partir vous aviez dit : « J’aimerais descendre en dessous de la barre des 90 jours et me rapprocher des 80, c’est un objectif assez haut mais ce n’est pas inatteignable ». Pari gagné !

D.S : Pari gagné, effectivement ! J’ai fait comme Jules Verne, j’ai mis 80 jours. Il m’a inspiré ! C’était un beau Vendée Globe. Il a été lent au début, un peu plus rapide sur la fin, ce qui m’a permis de tenir de bonnes moyennes.

RND. : C’est un rêve qui s’est réalisé pour vous ? 

D.S : C’est un rêve à partir du moment où l’on a l’ambition de faire ce tour du monde en solitaire. C’est un projet un peu fou, on y embarque énormément de monde, des sponsors, des amis, la famille et toute une équipe technique. Ça devient un projet vraiment collectif. Ce rêve au fur et à mesure des années prend forme. Quand on se rapproche du départ, forcément il y a des doutes, un peu d’angoisse. La libération vient le jour du départ et après c’est à moi de faire le boulot sur l’eau.

RND. : Que retenez-vous de cette expérience aujourd’hui ? 

D.S : J’en retiens que c’est possible. C’est possible d’avoir des rêves même quand on est atteint d’un handicap depuis la naissance comme c’est mon cas. Le fait d’y arriver, c’est un beau message que j’ai essayé d’envoyer, surtout aux gamins qui sont un peu différents des autres, qui ont des problèmes de scolarité, qui se sentent différents. Moi j’ai prouvé que cette différence, on pouvait en faire aussi une force, et qu’on pouvait aspirer aux mêmes objectifs que les autres. Dans ce tour du monde, il n’y avait pas de catégorie handisport, j’étais un skippeur comme les autres. J’ai prouvé que j’en étais capable, que je pouvais être aussi compétitif que les autres. On était 33 au départ, j’ai bataillé comme tout le monde, j’ai eu des galères, mais au final j’y suis arrivé avec un beau classement en plus.

Votre main en moins n’a pas été un obstacle en plus ? 

Mon handicap, je le vis depuis ma naissance. Tous les gestes de la vie quotidienne, j’ai appris à les faire en m’adaptant. Cette façon d’être, de faire, je l’ai transposé à mon sport. Mon bateau a été très peu adapté. C’est plutôt moi qui ait fait l’effort de m’adapter, de faire les manœuvres différemment d’une personne qui a ses deux mains. Encore une fois, j’ai prouvé que c’était possible. Si je remonte quelques années en arrière, mon accès à la course au large n’a pas été simple. Au début, certaines personnes croyaient que ce serait impossible pour moi de manier un bateau en solitaire. Donc là, j’ai prouvé le contraire à l’échelle planétaire.

Comment est née cette passion de la voile ? 

Dans toutes les passions, je pense qu’il y a un moment déclencheur. Moi, c’était à mes dix ans. J’habitais en Guadeloupe et j’ai vu arriver la route du Rhum, une fameuse course transatlantique. J’étais alors chasseur d’autographes sur les pontons et j’y ai rencontré des marins exceptionnels comme Poupon, Florence Artaud, Perron, Bourgnon et c’est quelque chose qui m’a fait rêver. Je me suis dit « un jour j’aimerais bien faire ce qu’ils font ». Je me suis donc inscrit dans un club de voile et au fur et à mesure, ma passion est devenu mon métier jusqu’à faire un tour du monde. L’histoire est jolie quand elle est vue comme ça !

Quelle a été votre préparation pour ce Vendée Globe ? 

La préparation est difficile surtout quand on prétend faire un tour du monde sur des engins aussi puissants que sont les IMOCA, des monocoques de 18 mètres de long. La préparation finale a duré quatre ans, et avant ça, il y a eu tout un apprentissage de la course au large, de la voile en solitaire. C’est pas quelque chose qui s’improvise.  Il a fallu monter une structure, acheter un bateau, réunir des sponsors, travailler dur pour pouvoir se qualifier sur ce Vendée Globe-là. Je faisais partie des 33 hommes et femmes élus pour être sur la ligne de départ et ça, c’est déjà une fierté.

Vous avez donc passé trois mois tout seul sur ce bateau. Quels sont les bons souvenirs que vous en gardez ?

J’ai vécu mon confinement aussi mais j’étais sans masque moi (Rires). Il y a eu énormément de bons souvenirs. Il y a eu des moments compliqués forcément, mais les bons souvenirs, c’est surtout la relation particulière avec les éléments, la nature. J’ai découvert des endroits dans le Grand Sud que je ne connaissais pas. J’ai vu des albatros, des baleines, c’était extraordinaire. On se rend compte que nous les humains, nous sommes vraiment peu de choses. C’est à la fois un sport mais aussi une passion et un lien profond avec la nature.

« Grâce à ce Vendée Globe, je connais mieux mes forces et mes faiblesses »

Cette rencontre avec les baleines, vous l’avez aussi partagé grâce aux réseaux sociaux. C’était important de garder ce lien avec la terre ? 

Oui, on est seul sur nos bateaux mais on est aussi les premiers témoins de l’impact du changement climatique, de la pollution sur les océans. Les rencontres avec les baleines, je me suis forcément empressée de filmer ce moment-là et d’envoyer ces images à terre.

Qu’est-ce qui été le plus difficile ?

C’était la solitude. Le plus long que j’avais fait (seul en mer, NDLR), c’était 18 jours. J’appréhendais la façon dont j’allais vivre ce confinement seul sur ce bateau mais au final c’est quelque chose que j’ai apprécié. Il y a énormément de choses à faire sur un bateau de course mais il y a aussi beaucoup de temps laissé à l’introspection, au repos. Jean Le Cam m’avait dit « tu verras, tu reviendras changé de ce Vendée Globe ». C’est le cas par exemple avec mon rapport à l’actualité. J’ai pu prendre du recul, réfléchir autrement. J’ai aussi pu voir la planète différemment. Je ne dirai pas que je suis un homme nouveau. Mais je dirai que je me connais mieux, je connais mieux mes forces et mes faiblesses.

Aujourd’hui beaucoup se retrouvent seuls à cause du confinement. Qu’est-ce qui vous, vous a permis de tenir bon ? 

Ma stratégie, c’était de morceler les choses au fur et à mesure, de me donner des petits objectifs, sur la journée, sur la semaine puis de rezoomer sur le moment présent.  Avancer pas à pas comme cela, ça m’a permis de tenir le coup et de ne pas voir l’énormité de la chose.

Vous avez également fondé l’association « Des pieds et des mains » qui luttent pour l’intégration par le sport. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup à faire ?

Quand on parle d’intégration, c’est le vivre ensemble. Et à mon sens, le sport c’est un moyen de tous se retrouver autour de valeurs communes. L’association œuvre spécifiquement dans le domaine nautique : je trouve que c’est un super sport à partager. On a tous le droit de se faire plaisir sur l’eau. L’action est surtout dirigée vers les enfants : c’est beau de voir des gamins qu’on arrive à faire sortir d’un fauteuil roulant pour aller sur un bateau et de leur donner le sourire.

 

Déjà prêt à repartir sur la route du Vendée Globe dans quatre ans, Damien Seguin se voit dès à présent sur les prochaines grandes courses nautiques, la Transatlantique Jacques Vabre, la route du Rhum… « J’ai énormément donné et reçu sur ce Vendée Globe. J’ai donc envie de continuer ». 

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