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Théories du complot, fake news : pourquoi séduisent-elles autant ?

Mardi 27 avril 2021, Laurent Lemire recevait Sébastien Lemerle, maître de conférences à l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et Alexandre Marsat, rédacteur en chef du collectif Curieux, pour discuter de la diffusion des fake news dans notre société.

Théories du complot, fake news, et autres vérités alternatives se multiplient et se diffusent plus rapidement depuis l’émergence des réseaux sociaux. Si ces fausses informations ont toujours existé, les médias et les scientifiques passent de plus en plus de temps à les déconstruire à l’aide de sources fiables et sans jugement. Pourtant ce travail est plus difficile qu’il n’y paraît car une fois la fake news diffusée, elle est bien plus partagée qu’un fact-checking.

Comment se diffuse une fausse théorie ? Laurent Lemire en discute avec ses invités.
« Nous sommes dans un monde en plein bouleversement, technologique, social, et de fait, il y a dans la théorie du complot quelque chose qui est rassurant », déclare Alexandre Marsat, rédacteur en chef du collectif « Curieux ».

Les fake news nous paraissent logiques

Pourquoi des informations admises comme fausses depuis des années par les recherches scientifiques continuent de se propager ? Pour Sébastien Lemerle, maître de conférences à l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et auteur de « Le cerveau reptilien. Sur la popularité d’une erreur scientifique », ces fausses informations « parlent de questions anciennes qu’on se pose et semblent fournir des réponses nouvelles « 

A cela s’ajoute la légitimité de ces idées reçues. Alexandre Marsat, rédacteur en chef du collectif Curieux et auteur de « 100 fake news face à la science », prend l’exemple des cycles de la lune : certaines personnes pensent qu’il faut planter ses légumes à telle ou telle période de l’année en se basant sur les cycles lunaires. Or aucune expérience n’a prouvé que la lune avait une influence à ce propos, pourtant la transmission culturelle et les traditions permettent à cette information de continuer de se propager. Les personnes s’appuient sur l’expérience de leurs ancêtres en suivant le raisonnement suivant : si nos aïeuls procédaient de cette manière c’est qu’il a une raison.

La diffusion des fake news par des personnes charismatiques

Au cours des années, les fake news se sont propagées via des personnes qui avaient une certaine légitimité. Sébastien Lemerle explique: « Il y a plusieurs types de légitimité : il y a une légitimité rationnelle, puis une légitimité plus charismatique et la légitimité traditionnelle. » La maître de conférence a beaucoup travaillé sur la théorie du cerveau reptilien développée par Paul D. MacLean qui consiste à penser que le cerveau est constitué de trois entités: une partie ancienne que les Hommes auraient en commun avec les reptiles et les oiseaux, et de laquelle ils tiendraient des pulsions comme l’instinct de conservation, l’agressivité, la défense du territoire, la prédation. Une autre partie serait le cerveau des émotions (en commun avec les mammifères), et enfin le cortex, propre à l’être humain.

Cette théorie s’est démocratisée par la prise de paroles de personnalités publiques, et ce, malgré le consensus scientifique qui l’a assez rapidement infirmée. En France par exemple Henri Laborit qui fait un film avec Alain Resnais, a participé à la popularisation de cette théorie mais l’a en plus restitué à son public à travers ses mots, donc la théorie elle-même a été réinterprétée.

La difficulté de combattre les fake news

Aujourd’hui Alexandre Marsat s’efforce de combattre les fake news à travers le collectif « Curieux » et les réseaux sociaux puisque nombreux sont ceux qui ne s’informent plus dans les médias traditionnels mais via Instagram ou Tiktok. « Dans le monde scientifique, on doit prendre notre place aussi pour combattre les idées reçues et décrypter les fake news sans jugement aucun mais montrer et valoriser le consensus scientifique pour expliquer certains faits scientifiques. » déclare-t-il au micro de Laurent Lemire, tout en admettant la difficulté de ce travail face à des personnes qui croient aux Illuminati par exemple.

Pendant la pandémie, le collectif a reçu beaucoup de théories à traiter à propos du vaccin contre le Covid-19 ou sur l’hydroxychloroquine comme traitement potentiel contre le virus. « Quand on fait de la vulgarisation scientifique, en général la science a fait son travail donc on a les hypothèses et on sait lesquelles sont les bonnes […] là, la science est en train de se faire sous nos yeux, ce qui nous oblige à la prudence […] on a d’un côté la temporalité de la recherche et de l’autre la temporalité médiatique. » précise encore Alexandre Marsat.

Fake news et théories du complot comme réponse aux bouleversements du monde

Pour conclure, Alexandre Marsat explique pourquoi aujourd’hui, il y a cette impression que les théories du complot et autres fake news fleurissent plus facilement : « Nous sommes dans un monde en plein bouleversement, technologique, social, et de fait, il y a dans la théorie du complot quelque chose qui est rassurant. On est entre nous : la théorie du complot fonctionne par communautés d’individus. C’est une réponse au changement et à la peur et à l’angoisse de beaucoup d’événements qui sont en train de se dérouler autour de nous et à la mauvaise compréhension qu’on a des événements parce qu’on est contemporain d’une révolution. » Aujourd’hui, la pandémie est un réel bouleversement, personne ne sait ce qu’il va se passer après.

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