11.05.21 Catégorie(s) : Actualité Santé Sciences Société

La médecine d’aujourd’hui est-elle devenue déshumanisante ?

Cadences accélérées, manque de temps entre chaque patient (…) et face à cela, des prouesses scientifiques et techniques qui améliorent chaque jour la médecine : comment replace-t-on l’humain au cœur de la médecine aujourd’hui ? Aude Dugast, philosophe de formation, est postulatrice de la cause de canonisation de Jérôme Lejeune et le Docteur Jean-Louis Bavoux étaient aujourd’hui…

Cadences accélérées, manque de temps entre chaque patient (…) et face à cela, des prouesses scientifiques et techniques qui améliorent chaque jour la médecine : comment replace-t-on l’humain au cœur de la médecine aujourd’hui ? Aude Dugast, philosophe de formation, est postulatrice de la cause de canonisation de Jérôme Lejeune et le Docteur Jean-Louis Bavoux étaient aujourd’hui dans En Quête de Sens pour en parler. 

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La déshumanisation et la forte rationalisation des coûts dans les hôpitaux mettent en danger l’efficience du soin”, indique la philosophe Cynthia Fleury dans le cadre d’un rapport d’activités 2018-2019 d’une chaire de philosophie à l’hôpital. Puis le Covid-19 est passé par là, nous obligeant enfin à voir la réalité en face. Si le sort de l’hôpital public était jusqu’alors préoccupant, il est aujourd’hui sur toutes les lèvres. “Le drame du Covid-19 est un drame social qui a révélé le risque de ne faire que du tout scientifique et de perdre de vue l’essentiel qui est la personne qui est face de soi. C’est un puissant révélateur”, explique le docteur Jean-Louis Bavoux, médecin généraliste, diacre permanent à la paroisse St Léon (15ème).

La pandémie a aussi révélé un système de santé défaillant, basé sur un numerus clausus qui participe de “réduire les propositions de soins parce qu’il y a logiquement moins de médecins. De plus, il y a une emprise de la caisse primaire sur la prescription des médecins : on a des recommandations, des objectifs de prescriptions”, ajoute le docteur Bavoux. 

L’exemple de Jérôme Lejeune

Malgré tous les progrès scientifiques possibles, une valeur fondamentale de la médecine n’a jamais changé : c’est l’importance du lien. “Soigner commence par une relation humaine fondamentale. Si on perd de vue cette valeur essentielle, on ne fait pas tout le boulot”, poursuit le médecin à quelques années de la retraite. Et la spécialité médicale qui place le lien au centre de ses consultations, c’est bien la médecine généraliste :”J’ai reçu pendant 40 ans énormément de patients. On crée des relations, ce n’est pas simplement une prestation, c’est une rencontre, un partage, ça fait partie du soin”, décrypte le médecin généraliste qui a soigné des générations de famille. Un point sur lequel s’accorde Aude Dugast, postulatrice de la cause de canonisation du professeur Jérôme Lejeune, qui a mis son savoir scientifique et sa foi au service des enfants handicapés mentaux

Le professeur Lejeune, décédé en 1996, avait une conception particulière de la médecine, basée sur l’échange et les regards, comme l’indique Aude Dugast : “Toutes les personnes qui ont été en consultation avec lui parlent de son regard, un regard porté sur l’enfant et le parent. ‘’Il l’a regardé d’égal à égal’’, rapporte l’une des mères d’enfant soigné par Jérôme Lejeune. Les patients venaient en consultation, ils ne les soignaient pas à proprement parler, mais repartaient différents, fortifiés et quelque part guéris dans leur cœur”. En ce sens, le travail de Jérôme Lejeune avec les patients trisomiques peut constituer un exemple pour de nombreux professionnels du soin : “Prendre le temps est essentiel avec ces patients, puisque bien souvent, une personne trisomique ne sait pas dire où elle a mal. L’écoute est donc fondamentale”, complète Aude Dugast. 

Où sont passés nos médecins de famille ?

S’il ne fait aucun doute que le médecin à l’écoute tel qu’il est décrit par Aude Dugast, un “médecin de famille” comme on l’appelait autrefois, n’est plus la norme depuis longtemps, le médecin généraliste tel qu’on le connaît encore est-il lui aussi menacé ? C’est probable selon Jean-Louis Bavoux : “Ce qui remplace les médecins de famille aujourd’hui, ce sont les cabinets médicaux où le lien personnel avec le malade risque de se déliter. Cette forme de médecine a des qualités mais sur le plan humain, elle risque de participer à la déshumanisation”. Certes le matériel médical est de plus en plus pointu, les examens de plus en plus performants, mais quid de l’étude clinique du patient ? “Les généralistes risquent de devenir des orientateurs vers des spécialistes et pourraient ne plus faire de médecine”, s’inquiète le docteur Bavoux. 

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