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L’Irak : du polythéisme au massacre des minorités

Mardi 9 mars, Louis Daufresne reçoit Josette Elayi, spécialiste de la Phénicie, historienne diplômée d’hébreu, d’araméen et d’akkadien et auteure de « L’Empire assyrien ». Retour sur les pas du pape François ce week-end, à quelques siècles près !

Ce week-end, le pape François s’est rendu en Irak avec pour principaux objectifs d’apporter un soutien à la fragile minorité chrétienne, afin qu’elle tienne bon malgré les conflits et d’engager un dialogue interreligieux avec des représentants de l’Islam. L’Irak demeure l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Radio Notre-Dame se replonge dans l’Histoire, entre 744 et 610 avant J.-C, lorsque la capitale Assur se trouvait à une centaine de kilomètres de Mossoul, et que l’empire assyrien était au pouvoir.

GT
Josette Elayi, historienne et chercheuse au CNRS, s’est spécialisée dans l’Histoire de la Phénicie et a également travaillé comme enseignante à Bagdad en Irak.

À son apogée, l’empire assyrien s’étendait de l’Egypte jusqu’au plateau iranien, au Golfe persique arabique. Au Nord, il allait jusqu’au plateau anatolien, jusqu’à l’Arménie et au lac de Van. Il englobait la Syrie jusqu’à la côte méditerranéenne, jusqu’à Chypre.

L'empire assyrien
Les différentes extensions de l’empire assyrien.

L’historienne Josette Elayi explique le succès de l’empire de la manière suivante : « Chez les assyriens, il y avait une guerre psychologique, c’est-à-dire ils commettaient des atrocités et après cela les populations se soumettaient. C’est une façon pour eux d’éviter la guerre. Beaucoup des atrocités qu’ils décrivaient étaient fausses, c’était pour eux une manière d’impressionner la population ». De nombreux documents sont disponibles aujourd’hui pour en apprendre davantage sur l’empire assyrien, et leurs techniques pour s’étendre toujours plus.

Et la religion ?

Aujourd’hui, les chrétiens vivant en Irak sont persécutés, ils sont passés de 6% en 2003 à 1% actuellement. Selon Josette Elayi, cela s’est accéléré avec les différents changements de régimes: « Saddam Hussein était un dictateur mais il respectait tous les communautés ethniques et religieuses. Par exemple Tarek Aziz, qui était chrétien, était ministre des Affaires Etrangères ». Cela ne l’empêchait pas d’éliminer les personnes qui étaient sur son chemin.

Ce côté communautaire existait déjà auparavant comme l’argumente la chercheuse : « Dans l’Antiquité, les groupes qui s’affrontent c’est en général les grandes puissances ou bien un empire qui a une politique impérialiste et qui veut absorber tous les états voisins. Mais la religion polythéiste est fondamentalement tolérante : si un Dieu paraît efficace, on l’intègre dans le Panthéon assyrien ». Pour certains, ce serait finalement l’apparition du monothéisme qui aurait amené autant de conflits. En attendant, pour le pape François, l’heure est à l’apaisement.