28.05.21 Catégorie(s) : Actualité Histoire

À l’Est, certains pays travestissent les heures sombres de leur Histoire

Jeudi 27 mai 2021, Laurent Lemire recevait les historiens Nicolas Werth, spécialiste du stalinisme, Paul Gradvohl, spécialiste de la Hongrie et Jean Grabowski, cofondateur du Centre Polonais de Recherche sur l’Holocauste à l’Académie polonaise des Sciences pour parler du rapport des pays de l’Est vis-à-vis des heures les plus sombres de leur Histoire. Alors que le président de…

Jeudi 27 mai 2021, Laurent Lemire recevait les historiens Nicolas Werth, spécialiste du stalinisme, Paul Gradvohl, spécialiste de la Hongrie et Jean Grabowski, cofondateur du Centre Polonais de Recherche sur l’Holocauste à l’Académie polonaise des Sciences pour parler du rapport des pays de l’Est vis-à-vis des heures les plus sombres de leur Histoire.

En Russie, certains historiens sont mis en prison
En Russie, sous la présidence de Vladimir Poutine, la Grande Terreur stalinienne reste un sujet difficile à aborder pour les historiens.

Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, était jeudi 27 mai 2021 au Rwanda afin de reconnaître la responsabilité de la France dans le génocide Tutsi de 1994, l’émission Décryptage s’intéresse à ces pays prêts à tout pour que les pires heures de leur Histoire restent inconnues de la société civile. Direction la Russie, mais aussi la Pologne ou encore la Hongrie.

Historiens prisonniers, Histoire réécrite

Parmi les pays de l’Est européens, la Russie est celui qui apparaît comme étant le plus radical à l’encontre de ses chercheurs. En effet, l’époque stalinienne fascine aujourd’hui nombre d’historiens qui ont l’intuition que la lumière n’a pas été faite sur toute la Grande Terreur (1937-1938).

Pendant près de 30 ans, l’historien et archéologue, Iouri Dmitriev a dressé la liste de 40.000 noms de personnes exécutées et déportées en Carélie à cette époque. Il est également à l’origine de la découverte de l’un des plus grands charniers de la région, à Sandarmokh, où les restes de 7.000 à 9.000 personnes exécutées à l’époque stalinienne ont été retrouvés. D’après Nicolas Werth, historien spécialiste du stalinisme, ces personnes ont été abattues dans le plus grand secret, et alors d’Iouri Dmitriev travaillait sur le sujet, il a été arrêté, en 2016, et demeure depuis en prison. En effet, il a été accusé d’avoir pris des photos pornographiques de sa fille adoptive.

Pour Nicolas Werth, le plus intéressant et terrifiant est ce qu’il s’est passé après l’arrestation d’Iouri Dmitriev : « Depuis que Iouri Dmitriev est en prison, une vaste opération de révision historique a été lancée par une société d’histoire militaire de la Russie, très proche du pouvoir, qui prétend que ces exécutés de Sandarmokh seraient des prisonniers de guerre soviétiques, exécutés par les Finlandais en 1942-1943 puisque les Finlandais ont un moment occupé la Carélie. » Nombreux historiens ont prouvé que cette version des faits n’étaient pas fondée selon notre invité.

Fabrication de mythes et recherches historiques difficiles

Dans d’autres pays de l’Est, les recherches historiques sont difficiles. En Pologne, le sujet qui pose problème est la Shoah. Jean Grabowski, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa a été condamné pour diffamation par la justice polonaise pour avoir publié des recherches sur la complicité d’un maire dans le meurtre juif pendant la Seconde guerre mondiale. Sur Radio Notre-Dame, il raconte : « La Pologne reconnaît que la Shoah a eu lieu, mais considère que les Polonais n’ont rien à voir avec cela. Les Polonais ont été impliqué dans l’aide aux Juifs. Toute tentative pour prouver la complicité en ce qui concerne l’extermination des juifs polonais, a été un problème courant. » Les difficultés rencontrées se traduisent par des procès en diffamation : « Les autorités polonaises ne veulent pas mettre les historiens en prison mais les ruiner avec des litiges » explique Jean Grabowski. Selon lui, ces sanctions inquiètent les historiens qui voudraient travailler sur le sujet : « les autorités polonaises ont déjà gagné cette bataille puisque les spécialistes de l’histoire de la Shoah ont peur. » 

En Hongrie, le pouvoir crée des musées qui proposent une sorte d’Histoire alternative. Paul Gradvohl, historien, maître de conférences à l’université de Lorraine, spécialiste de la Hongrie, évoque l’apparition de la Maison de la Terreur : « c’est un musée fabriqué par une amie personnelle de Viktor Orban,  son historienne préférée, et ce musée vise à donner l’idée que les crimes qui ont eu lieu en Hongrie à travers le XXe siècle sont le fait des communistes. » En parallèle, Paul Gradvohl évoque l’existence d’instituts de recherche historiques où « le statut des historiens est très incertain » mais dans lequel les jeunes sont obligés d’aller car ce sont les seuls qui payent.

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