le direct Musique sacrée

Investiture de Joe Biden : peut-il rassembler les Américains ?

Pandémie, procès en destitution de Donald Trump… C’est sous haute tension que va se dérouler, ce mercredi 20 janvier, la cérémonie d’investiture du 46ème président des Etats-Unis, Joe Biden.

Members of the National Guard secure the area during a dress rehearsal for President-elect Joe Biden's Presidential Inauguration on Capitol Hill in Washington on January 18, 2021. Photo by Yuri Gripas/ABACAPRESS.COM News | 753320_006 Washington Etats-Unis United States
Membres de la Garde nationale sécurisant le Capitole à Washington à quelques heures de la cérémonie d’investiture du président élu Joe Biden,  January 18, 2021. Photo by Yuri Gripas/ABACAPRESS.COM News | 753320_006 Washington Etats-Unis United States

C’est une singulière investiture que l’Amérique se prépare à vivre de mercredi 20 janvier 2021. Désertée, Washington sera un véritable camp retranché, quadrillée par l’armée – les militaires étant eux-mêmes contrôlés par le FBI – afin de permettre à Joe Biden et Kamala Harris de prêter serment et de devenir le 46ème président et la vice-présidente des Etats-Unis. Une cérémonie qui sera vécue virtuellement, via le petit écran, par tous les Américains, même les habitants de la capitale, à cause notamment de la pandémie, mais aussi de la récente prise d’assaut du Capitole par les partisans de Trump. Ce passage de flambeau se fera également en l’absence du président républicain sortant, qui aura déjà quitté la Maison Blanche. Une fois le discours d’investiture prononcé, l’hymne américain sera interprété par Lady Gaga. Dans l’après-midi, Joe Biden déposera une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu au cimetière d’Arlington, en compagnie de Georges W. Bush, de Bill Clinton, de Barack Obama et de leurs épouses.

Joe Biden : « le résilient »

Perte de sa première femme et de sa fille en 1972, alors qu’il vient tout juste d’être élu sénateur du Delaware, décès de son fils aîné d’un cancer en 2015… A 78 ans, Joe Biden est un « résilient ». « Sa famille et sa foi » : voilà les deux piliers de Joe Biden, selon Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université de Paris II Assas, qui publie « Joe Biden » (Nouveau Monde). Joe Biden est aussi celui qui s’est battu, depuis son enfance, contre son trouble de langage, un bégaiement. « Il va agir toute sa vie pour dépasser ce trouble, il apprend des pièces et des poésies irlandaises par cœur pour essayer de les réciter devant son miroir ».


Le vote catholique aux Etats-Unis

>> Eclairage avec  Blandine Chelini-Pont, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste du catholicisme aux Etats-Unis. Elle répond aux questions d’Yves Delafoy.


Joe Biden est un Irlandais ayant suivi une éducation catholique. Il a notamment rencontré Paul VI et Jean-Paul II, mais qui a toujours veillé à séparer sa fonction politique de sa foi. Son engagement chez les démocrates ? Il a lieu dans les années 60, pour défendre les droits civiques. A cette époque, il voue une admiration folle à John Kennedy. Des études de droit, Joe Biden entre très vite dans la vie politique.

>> Pour en savoir plus sur Joe Biden : réécouter Décryptage présenté par Laurent Lemire

Qui est la nouvelle First Lady ?

La nouvelle Première Dame, Jill Biden est aussi sa première alliée. Ils se sont mariés en 1977, cinq ans après l’accident de voiture qui a emporté sa première épouse et l’un de ses enfants. Elle connaît déjà bien les ressorts de la Maison Blanche, ayant arpenté le lieu à de nombreuses reprises sous la présidence Obama. Docteur en sciences de l’éducation, Jill Biden a d’ores et déjà décidé de poursuivre sa carrière d’enseignante à l’université.


L’américanisation en question, entre fascination et crainte 

Americanisation (1)>> Découvrez l’analyse Ludovic Tournès, professeur d’histoire internationale à l’université de Genève et auteur de « Américanisation – une histoire mondiale » (Fayard) au micro de Louis Daufresne.


Un pays « fissuré »

Donald Trump a-t-il accentué une fracture déjà existante ou a-t-il « déchiré » les Américains comme le suggère Joe Biden ? Ce pays tellement fissuré pourra-t-il tenir ?

Sur le bilan des 4 années de présidence Trump, les avis sont partagés. « Trump a été la voix des déclassés, mais trop subversif et trop antisystème, il n’a pas pu se maintenir », explique Thomas Flichy de Neuville, auteur de « Le Retournement Trump » (Cerf). « On veut tuer le mouvement ‘Make America great again' », affirme de son côté Gérald Olivier, animateur du blog France-Amérique et auteur de « Sur la route de la Maison-Blanche » (Jean Picollec). Pour Thomas Flichy, « Trump est un personnage celtique, c’est une sorte de soldat perdu de l’Empire… Il porte en lui à la fois une violence et une créativité qui a failli renverser le système américain ». Il est persuadé qu’après son investiture, Joe Biden va être attaqué pour fraude électorale. Gérald Olivier, lui, estime que Trump s’est fait piéger au Capitole : « Il a offert aux Démocrates l’image qu’il voulaient voir depuis 4 ans, le chaos et l’assaut contre les Institutions… Ces 2 heures de chaos vont être les images qui vont rester des 4 ans de Donald Trump ».

Des réformes par décrets

Et après ? Joe Biden s’est d’ores été déjà présenté comme celui qui voulait être le « rassembleur ». Barack Obama affirme qu’il a fait campagne avec le « programme le plus progressiste » de l’histoire américaine, mais à gauche, certains jugent que Joe Biden n’est pas allé assez loin et s’inquiètent de sa promesse de reprendre le dialogue avec les républicains. Toujours est-il que le nouveau président est bien décidé à lancer dès son arrivée à la Maison Blanche, un vaste programme de réformes, en utilisant notamment des décrets. Parmi les décisions attendues : le retour des Etats-Unis au sein de l’accord de Paris sur le climat. Autre mesure emblématique anti-trumpiste : l’annulation du décret migratoire empêchant l’entrée sur le territoire de ressortissants de pays à majorité musulmane. Joe Biden va par ailleurs devoir se soumettre au calendrier parlementaire pour faire confirmer les membres de son gouvernement par vote du Sénat. Un calendrier peu favorable alors que débute en même temps le procès en destitution de Donald Trump, créant du même coup un climat d’affrontement partisan.  Mais c’est sans doute sur son plan d’aide économique que Joe Biden est le plus attendu par les Américains. Ce plan de relance s’élève à pas moins de 1 900 milliards de dollars. Parmi les mesures annoncées : une aide alimentaire renforcée, des chèques de 1400 dollars par personne aux familles les plus en difficultés, un salaire minimum doublé à 15 dollars de l’heure, la prolongation des aides au chômage, mais aussi des aides aux Etats et collectivités locales. Pour relancer l’économie, le nouveau président a également prévu un plan d’investissements, pour créer des emplois « bien payés » dans le domaine climatique notamment. Un investissement qui ne se fera pas sans contreparties : les grandes entreprises et les personnes gagnant plus de 400 mille dollars par an vont voir leurs impôts augmenter. Concernant la lutte contre la pandémie enfin, Joe Biden souhaite accélérer la vaccination massive : 100 millions de doses injectées pendant ses 100 premiers jours de mandat.

Avec l’AFP