le direct Musique sacrée

Christian Spitz, pédiatre : « Ce qui caractérise l’immaturité c’est l’intolérance à l’imperfection »

Mardi 3 mars, au micro de Marie-Ange de Montesquieu, les pédiatres Alain Benoît et Christian Spitz rappellent les bases : l’être humain n’est et ne sera jamais parfait, même si c’est vous qui l’avez mis au monde. Une évidence que de nombreux parents ont du mal à accepter.

Dans en quête de sens, les psychiatres rappellent aux parents qu'ils ont le droit de ne pas être parfait.
Dans en quête de sens, les psychiatres rappellent aux parents qu’ils ont le droit de ne pas être parfait.

Chaque jour, chaque minute passée, la société dans laquelle nous évoluons rappelle l’importance de la performance. Les meilleurs travailleurs sont ceux qui produisent beaucoup en un temps record. Les meilleurs parents sont ceux dont les enfants enchaînent les 20/20 à l’école. Pourtant, le bonheur d’un enfant se mesure-t-il vraiment à cela ?

Enfant modèle égal parents parfaits

Depuis plusieurs années, la parentalité s’est intellectualisée. Christian Spitz, pédiatre et auteur de « L’éloge de l’imperfection parentale » partage son expérience de professionnel :  » Beaucoup de parents me disent, donnez moi un livre je vais apprendre. Ce n’est pas avec un livre que vous allez apprendre à être parent. » De plus en plus, les parents ont le sentiment de ne pas avoir le droit à l’erreur, l’enfant devient une vitrine de leur éducation. Si l’enfant a des bonnes notes et aide les autres, alors il a eu de bons parents. L’enfant, de son côté, naît avec un moteur unique, comme l’explique Alain Benoît, pédiatre et auteur de « Les vrais besoins de votre enfant »:  « un enfant pense simplement: je veux que mes parents soient bien » donc il fera tout pour combler leurs attentes. Or pour un enfant, il en résulte une pression importante.

« On ne rentrera jamais un enfant dans un tableau Excel, on ne peut pas tout programmer », déclare Christian Spitz qui revient sur l’importance de laisser le temps l’enfant de se développer au lieu de vouloir le faire grandir le plus vite possible. « Il y a des enfants qui marchent à 9 mois, d’autres qui marchent à 20 mois » argumente-t-il rappelant l’unicité de chaque personne, et leur égalité en termes de valeur. Alain Benoît précise: « l’immaturité vient de personnes qui sont dans la toute puissance affective. L’enfant devient le dépositaire d’une performance. »

Cette recherche permanente de la perfection conduit les parents à non seulement rechercher l’approbation constante de leur enfant – selon laquelle ils sont de bons parents- mais les entraînent aussi vers des comportements qui relèvent d’une folie de la maîtrise :  » il y a des parents qui pèsent tout ce qu’il donne à manger à leurs enfants, et le marketing infantile joue sur les carences. » relate Alain Benoît. Christian Spitz résume l’immaturité comme « l’intolérance à l’imperfection », or les parents ne peuvent tout contrôler. Ce qu’ils souhaitent le plus pour leurs enfants – à savoir le bonheur et la santé – sont des éléments sur lesquels ils n’ont aucune prise.

Réapprendre que l’identité est multiple

Avant d’avoir un enfant, une personne est consciente d’être elle-même, mais aussi l’épouse ou le mari de telle ou telle personne, et beaucoup d’autres choses encore. Pourtant, à l’arrivée du bébé, certaines personnes entrent dans le rôle de mère ou de père et prennent cette part de leur identité pour la considérer comme ce qu’ils sont à part entière. Ainsi, l’immaturité consiste à ne plus mettre de frontières :  » si vous rentrez d’une journée de mauvaise humeur, l’enfant va le sentir, il peut même penser que c’est de sa faute. Il faut avoir la maturité de dire j’ai passé une mauvaise journée, j’ai besoin de 30 minutes et après je jouerais avec toi. » Certes vous êtes sa mère/ son père, mais pas que !