15.06.21 Catégorie(s) : Actualité Économie Société

Laurent Izard, agrégé universitaire en économie et gestion: « en France, un tiers des salariés se disent en état d’hyper-stress »

Mardi 15 juin, Louis Daufresne recevait Laurent Izard, normalien, agrégé de l’université en économie et gestion, auteur de « À la sueur de ton front – les vraies conséquences de la mondialisation sur le travail en France » (L’Artilleur) pour discuter des conditions de travail en France. La crise sanitaire a mis à mal l’économie ces derniers mois…

Mardi 15 juin, Louis Daufresne recevait Laurent Izard, normalien, agrégé de l’université en économie et gestion, auteur de « À la sueur de ton front – les vraies conséquences de la mondialisation sur le travail en France » (L’Artilleur) pour discuter des conditions de travail en France.

En France, d'après Laurent Izard, une personne sur quatre serait soit au chômage soit dans une situation de précarité professionnelle.
En France, d’après Laurent Izard, une personne sur quatre serait soit au chômage soit dans une situation de précarité professionnelle.

La crise sanitaire a mis à mal l’économie ces derniers mois mais la Banque de France se dit optimiste : la France devrait connaître cette année une croissance de 5,75% avec des « créations nettes d’emplois assez significatives de 2021 à 2023  » et un taux de chômage qui « atteindrait 9,3% au cours du premier trimestre 2022, avant de décroître nettement en dessous de 9% en 2023. » Mais si les chiffres sont encourageants, la réalité, celle des travailleurs est parfois différente.

La souffrance au travail : toujours d’actualité

La France est souvent perçue comme l’élève fainéant. La majeur partie des travailleurs suit un rythme de 35 heures par semaine, et a bien plus de vacances que d’autres pays comme les Etats-Unis par exemple, et dispose depuis plusieurs années de psychologues du travail. Pourtant « on a chaque année 600 000 accidents du travail en France qui entraînent 500 décès, 35 000 incapacités permanentes, explique Laurent Izard, normalien, agrégé de l’université en économie et gestion et auteur de  « À la sueur de ton front – les vraies conséquences de la mondialisation sur le travail en France » (L’Artilleur), un tiers des salariés se disent en état d’hyper-stress. » Depuis plusieurs années, ces chiffres stagnent.

La productivité plus importante que le bien-être de l’employé

Pas de surprise, la raison avancée pour expliquer la souffrance au travail est souvent la pression exercée par les entreprises sur les employeurs. Le travail devient donc plus éprouvant, plus complexe. Laurent Izard détaille : « Nous importons des méthodes de management issues des Etats-Unis mais aussi de la Chine, du Japon qui sont peu respectueuses de l’être humain et de la dignité humaine. » L’exemple typique est de pousser les employés à produire un maximum en un temps très limité : dans les fast-food les employés doivent faire un maximum d’hamburgers dans les cinq minutes.

Certaines entreprises mettent en place des stratégies pour inviter leurs employés à s’investir entièrement dans leur travail, au point de laisser de côté leur vie personnelle: « Quand Apple propose à ses employées de congeler leurs ovocytes pour consacrer leurs plus belles années, leurs années les plus dynamiques, à leur travail, et puis ensuite pouvoir avoir des enfants à 40 ans et plus, on néglige la réalité biologique de l’être humain. » s’indigne Laurent Izard.

Un tournant dans la société : ces jeunes qui disent non

Voilà un phénomène observé depuis plusieurs années déjà chez les nouveaux travailleurs : « Il y a une prise de conscience chez les jeunes qui ont envie de réussir, qui travaillent mais qui n’ont pas envie de consacrer toute leur énergie, toute leur vie au travail. Ils attendent du travail autre chose qu’une pression permanente et qu’un moyen de gagner sa vie» rapporte Laurent Izard. C’est pourquoi certains postes proposés par Pôle Emploi restent vacants, chacun souhaite trouver un travail qui lui permette de s’épanouir.

Cependant cette recherche de l’épanouissement personnel rencontre finalement toujours le même problème : celui de la précarité. « Le mode normal aujourd’hui de recrutement des jeunes, ce sont les CDD pas les CDI. On a de plus en plus de flexibilité dans le travail en France. » termine l’universitaire. Aujourd’hui le but des futurs employés c’est de se sentir utile, de savoir que leur travail a du sens.

 

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