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Soins dentaires en France : “Il y a une population qui sourit et l’autre qui se cache en souriant”

C’est probablement l’organe le plus prodigieusement solide du corps humain, qui peut résister pendant des milliers d’années. En revanche, c’est aussi un organe vulnérable, marqueur d’inégalités sociales importantes. C’est ce que nous montre Olivier Cyran, journaliste, qui publie « Sur les dents – Ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale », aux éditions la Découverte. 

dentist-2530990_1280Et oui, nos dents sont une ressource archéologique essentielle pour comprendre la petite histoire dans la grande. Les premières traces de soins de dents apparaissent “depuis que l’homo sapiens existe”, précise Olivier Cyran, journaliste, qui publie « Sur les dents – Ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale », aux éditions la Découverte. Chaque grand épisode historique peut être identifié par une « histoire de dents ». Pendant la guerre d’indépendance des États-Unis au 18e siècle par exemple, “les arrachages de dents imposés par les esclavagistes aux esclaves étaient monnaie courante pour armer la bouche de George Washington. Ces actes sont représentatifs du sort que nombre d’esclaves devaient subir, à des fins punitives ou à des fins de marquages”. 

Un marqueur social inversé jusqu’à l’Ancien Régime

Outre-Atlantique, la France a essentiellement porté la dentisterie aux fonts baptismaux grâce à Pierre Fauchard qui obtient le titre d’expert pour les dents avant 1708. Il est le premier à mettre en avant la technique de fraisage et de forage dans la chirurgie dentaire et préconise l’utilisation des plombages pour remplir les cavités et ainsi limiter les déchets alimentaires. Ces avancées interviennent dans un contexte d’arrivée en masse du sucre des colonies qui a dévasté les bouches. “A l’époque, les dents abimées étaient un stigmate social mais inversé puisque les consommateurs de sucre appartenait à une classe sociale élevée) ». 

1 ménage sur 5 renonce à se faire soigner les dents

L’histoire des soins dentaires est une histoire des inégalités très ancienne : “La difficulté d’accéder à des soins dentaires a toujours été très présente”, précise Olivier Cyran. Au Moyen-Age, les plus nécessiteux s’en remettent à l’arracheur de dents pour pallier l’absence de soins dentaires. Aujourd’hui, 1 ménage sur 5 renonce à se faire soigner les dents. L’expression populaire des “sans-dents”, “démocratisée” par l’ex-président de la République François Hollande, qui désigne par métonymie les “gens pauvres”, n’a jamais été autant d’actualité. “Nous sommes dans un système de dentisterie à deux vitesses. Et on a tendance à individualiser la question des soins dentaires, en arguant que si votre dentition est mauvaise, c’est de votre faute. Résultat, il y a une population qui sourit et l’autre qui se cache en souriant.”

Utile à la distinction sociale

Parce qu’au-delà de l’esthétisme, la dentition est utile à notre distinction sociale et à notre santé physique globale : “Quand on souffre de dents manquantes, c’est toute notre structure osseuse qui souffre, mais c’est aussi notre énergie qui défaille”. Or, celles-ci n’ont pas été ménagées depuis plusieurs siècles avec les changements de consommation alimentaire du monde occidental. Ces dents, conçues originellement pour accueillir un régime maigre, ont dû s’adapter à l’arrivée massive d’une alimentation cariogène, composée de produits gras et transformés : “Nos dents ne sont pas conçues pour résister à de telles agressions ».

Face à ces changements alimentaires, la réponse sanitaire n’a pas toujours été à la hauteur et ce sont, encore trop souvent, les personnes les plus précaires, qui en payent le prix. Olivier Cyran prend, à ce titre, comme exemple, le cas du scandale sanitaire des centres low-cost Dentexia, qui proposaient des prestations à bas coût et qui ont finalement été liquidés. Résultat, 1500 victimes se sont retrouvées édentées et endettées. « Ça a été un combat long, usant, avec des gens qui ont été au comble du désespoir. »

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