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Robert Schuman, bientôt un premier pas vers la béatification ?

Robert Schuman, père fondateur de la construction européenne, fera bientôt un premier pas décisif vers la béatification, marquant un soutien des papes à son idéal de paix. Il était lui-même animé par une foi catholique, profonde mais discrète.

Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de la construction européenne,
Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de la construction européenne, fera bientôt un pas vers la béatification.

Depuis plus de trente ans, le diocèse de Metz a déposé un dossier pour la béatification de Robert Schuman, Français à l’origine de la construction européenne.

Vendredi 9 avril 2021, Mgr Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, indique que le pape François devrait reconnaître par décret, peut-être en juin, « les vertus héroïques » de Robert Schuman, qui décrochera alors le titre de « vénérable ». La reconnaissance des vertus héroïques précède une béatification, laquelle exige un miracle. Il faut ensuite un second miracle, validé par le Vatican, pour obtenir le statut de « saint ».

Le député français, plusieurs fois ministre, l’un des temps forts de sa carrière politique remonte la déclaration du 9 mai 1950 -aujourd’hui journée de l’Europe- lors de laquelle il annonce le projet français de création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), acte premier de la construction européenne.

Les premiers fondements de la construction européenne

« Il n’est plus question de vaines paroles, mais d’un acte, d’un acte hardi, d’un acte constructif », souligne Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères.

Cet acte « hardi » consiste à proposer à l’Allemagne, cinq ans seulement après sa capitulation, la mise en commun des productions de charbon et d’acier pour créer un espace de paix en Europe. La CECA est scellée par un traité en 1951 entre l’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Robert Schuman a été élu après la Première Guerre mondiale député de la Moselle (nord-est) et devient en mars 1940 sous-secrétaire d’Etat aux Réfugiés. Déporté en Allemagne en septembre 1940, il s’évade. Il a également été ministre des Finances, représentant de la France à l’Onu, ministre de la Justice.

Le père Bernard Ardura, chargé du suivi à Rome des canonisations de nombreuses figures du catholicisme français, dont Robert Schuman, ne connaît pas d’autre personnalité politique du XXe siècle dont la cause est actuellement examinée.

Pourquoi proposer la béatification de Robert Schuman ?

La démarche peut surprendre. « Schuman a consacré toute sa vie au service du bien commun, à la recherche de la paix, à la réconciliation avec l’Allemagne, à la création d’une communauté des Etats européens », explique le père Ardura, qui préside le Comité pontifical des sciences historiques.

« L’oeuvre de Schuman a consisté à mettre fin à ce cercle infernal: guerre, humiliation du vaincu, esprit de revanche et nouvelle guerre« , initié lorsque le France fut vaincue en 1870 par les Prussiens, note-t-il, c‘est une oeuvre de chrétien, qu’on peut proposer comme un modèle. » Robert Schuman, qui allait à la messe tous les jours, « est resté très pudique sur sa vie personnelle et sa foi ».

La route reste néanmoins compliquée avant une béatification. Il faudra qu’un miracle se produise après qu’un fidèle ait prié en demandant l’aide de Schuman, par exemple devant la chapelle de sa commune de Scy-Chazelles où il repose et où une messe est célébrée tous les mois…

Soutien de l’idéal européen par l’Eglise catholique

La décision prochaine du Vatican intervient quelques mois seulement après le Brexit, première sortie de l’Union européenne d’un de ses Etats membres. Le Saint-Siège et les papes depuis Pie XII ont toujours soutenu l’idéal européen, tout en critiquant une certaine laïcité.

Lors de sa première audience générale place Saint-Pierre en 2005, le pape allemand Benoît XVI avait mis en avant les racines chrétiennes de l’Europe « auxquelles on ne peut pas renoncer ». L’année précédente, sous Jean Paul II, le Vatican avait « regretté » l’absence de mention explicite des « racines chrétiennes » historiques de l’UE dans la nouvelle Constitution européenne.

L’Argentin François, premier pape latino-américain de l’Histoire, fils d’immigrés italiens, préfère souligner que « l’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle » qui accueille les migrants. « Les projets des Pères fondateurs, hérauts de la paix et prophètes de l’avenir, ne sont pas dépassés: ils inspirent, aujourd’hui plus que jamais, à construire des ponts et à abattre des murs », ajoute le Pape, qui a souvent des propos cinglants sur l’évolution de l’Europe, « grand-mère stérile ».

Avec AFP